Dernière soirée, très sympa, au Mojo's avec Rui. Une anecdote, juste: celui-ci a disparu juste après le dessert, et alors que tout le monde le pensait aux toilettes, je me suis aperçue qu'il était rentré à la maison, avait renvoyé Jennifer chez elle... puis était revenu disant simplement:"qu'il avait eu besoin de voir ses enfants". Ca va, ils dormaient bien...
Et dernière réflexion sur le pays: qui m'a curieusement rappelé l'ex-Yougoslavie: certains disent que ce conflit nous avait pris aux tripes plus que d'autres, le public comme les humanitaires, car le phénomène d'identification était plus immédiat. Et il est vrai que ma 1ère image de la Croatie, à Opatija en 1991, était stupéfaite: devant un paysage magnifique, sous le soleil éclatant sur l'Adriatique, j'avais été frappée par le regard noyé dans la mort de ces vieilles femmes déplacées ou réfugiées, qui contemplaient la mer, assises sur un banc beaucoup trop loin de leur village de montagne. Ce n'étaient pas des réfugiées dans la détresse (certains diraient, des réfugiées de tous les fonds de l'Afrique), mais nos grand-mères, toutes nos grand-mères abattues.
Et bien, au Zimbabwe il y a sans doute un effet d'identification très direct aussi, bien qu'éparpillé dans tout un chaos de contrastes. Notre regard incrédule sur le clochard blanc du coin qui doit sans doute son malheur à la boisson ou vice-versa; le petit poliomyélite qui vend des sucettes, tous les jours depuis 4 ans, à la sortie du Spar, avec une courtoisie toute britannique. Les histoires que nous déroulent de parfaits inconnus, capables de nous toucher en l'espace de 10 minutes pour un soutien financier à la hauteur de leurs malheurs ou de leurs projets. Ce sentiment que le "tout est possible", et malheureusement le plus souvent le pire, qui affecte les uns et les autres, de manière différente mais comparable. Cette femme blanche, qui doit être à la retraite mais, comme beaucoup, compense une pension réduite à néant par 5 ans d'inflation tonitruante en assurant un boulot de services, en l'occurrence des piscines. Son fils et sa belle-fille se sont tués, et du jour au lendemain elle doit s'occuper de 3 enfants: elle a calculé que ses biens disponibles réunis lui permettrait de payer 5 ans de school fees. Après.... Mon ami Xolani qui travaille le cuir à Bulawayo, et s'est retrouvé coincé quand le loyer de sa gargotte, avec la dollarisation, est passé de 5 $ par mois à 250$, bien au-dessus de ses revenus. Il est parti en Afrique du Sud où il pouvait participer au commerce des peaux, mais a du revenir faute de fonds pour poursuivre: il n'a plus d'argent, et le propriétaire du local a saisi tout son équipement, l'équivalent de 5 mois de revenus. Il a rejoint son frère dans une autre gargotte avec 5 autres travailleurs, et quand il a payé l'école de ses 2 enfants n'a plus rien pour vivre.
Cette réflexion m'est venue quand cette vieille femme noire, un peu édentée, est venu au portail me saluer et me féliciter de l'arrivée de Juliette. Je ne l'avais vue vraiment qu'une fois ou deux, 3 ans plus tôt, en promenant Rafael dans le quartier. Elle m'avait raconté être aux abois pour son fils diabétique, car elle ne trouvait plus de seringues pour lui infuser son insuline, et me demandais si je pourrais lui en ramener d'Afrique du Sud où nous passerions la semaine suivante. Jennifer la voyait parfois, aussi; et toujours elle était inquiète pour son fils. J'ai eu du mal à la reconnaître d'abord, et ai été un peu stupéfaite de cette réminiscence, et de la gentillesse de sa démarche de voisinage.
Voilà, comme ça, tout ça me fait l'effet de ces grands mères croates... et aussi l'effet de ma "Gogo" qui va, le week-end prochain, prenant sa retraite de nous et des autres, finir sa maison à la campagne pour y couler ses dernières jours. Elle a été la première à me soutirer une larme, il y a 2 semaines, en me disant avec son sourire un peu triste, toujours malicieux et vraiment tendre "when I go there, M'am, you don't see me ever again".

























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