lundi 27 septembre 2010

Basostories?


Arrivée en début de semaine à Maseru. Pas mal du tout...

Bon, la maison je ne suis pas ravie. Non seulement la configuration n'est pas super (plein de petites pièces sur 2 étages, une salle de séjour avec une genre de fosse à traverser où que l'on aille...), on s'y sent déjà à l'étroit alors que notre camion de déménagement n'est pas arrivé, mais surtout des matériaux moches: carrelage crème marbré de gris, moquette beige, parpaing blanc à relief, briques rouges et lambris, portes et placards en formica... Tout ça casse un peu l'envie de soigner la déco, cette fois - après 4 ans dans des rideaux et autres mobiliers que je détestais, hérités du propriétaire de notre maison de Bulawayo, et obligés cette fois de tout meubler nous même, j'ai plutôt envie de mettre les choses à mon goût . Rui a quand même réussi à tout remplir déjà d'équipement d'occasion - il a même acheté un appareil à fondue, sans commentaire. Et il a très bien arrangé le jardin, qui avait été transformé en bush par l'ancien locataire. Je sens que mon homme va devenir jardinier (avec un homme de main à temps partiel quand même, il ne faut pas exagérer).

Bon, et puis.... il y a dans la rue, à 4 maisons de là, une autre maison vaste, un peu vieillotte et très belle, avec son jardin séché et charmant, qui s'est libérée. Le hic, c'est que le proprio doit y faire une rénovation, et qu'ici comme ailleurs il est très difficile d'imaginer les délais - mais moins encore qu'ailleurs on ne peut être optimiste. Alors, ça veut dire emménager dans la 1ère pour déménager dans la foulée, ne pas savoir définir un préavis... pas sûr qu'on le fera, ou plutôt on doit prendre le risque que quelqu'un passe devant si l'on veut attendre de voir les travaux raisonnablement avancés avant de s'engager. 



L'autre chantier de la semaine, ça a été l'école... On nous avait dit qu'il y en avait 2 de bien, l'école Américaine et la Maseru International Prep School, en fait j'en ai trouvé une 3e, une Montessori, qui m'a eu l'air très bien, mais avec une liste d'attente de 20 enfants. Quant à la 2e, la "Maseru Prep School", elle semblait très bien aussi, mais Rafael est encore trop petit pour y entrer (à 2 mois près). J'ai vu 3 ou 4 "day care centers" qui avaient l'air pas trop mal, mais sont plus des garderies que des écoles. Après hésitation, Rui m'a convaincu de préférer l'école américaine, qui est à côté de son bureau et reçoit un peu la "crème" de Maseru. Il y a pas mal de Basothos, et aussi des enfants d'un peu partout avec les Nations Unies et les Ambassades dans le quartier. Evidemment assez chère, quoique moins terriblement pour la maternelle. Je dois dire pour avoir passé du temps avec la maîtresse qu'on voit la différence entre cette école et les day care centers, où les enfants vont surtout s'amuser sur les toboggans avec des "profs" sans aucune qualification, et des locaux très étroits (or l'hiver est froid et long). Donc Rafael y est allé en fin de semaine, et cela s'est très bien passé, même si bien sûr il était  un petit peu stressé par tout ces changements. 

Vendredi soir j'ai vu un ami de Rui, et compris un peu ce qu'il avait vécu ce 1er mois, dans une
guest house complètement 'à l'avenant", pour ne pas dire à l'abandon d'un manager tunisien fantasque et buveur. Rui m'avait dit que le PAM la lui avait déconseillée: un jeune consultant y avait été et l'avais trouvé épouvantable: en fait ce dernier y est resté 1 mois avec Rui. Pas d'eau chaude ni de chauffage par des temps de gel, des petits déjeuners aléatoires et un garde à demeure 24/24 7j/7.... Le truc, c'est que le Tunisien est si sympa que personne n'ose lui dire que "ça ne peut plus durer, je vais ailleurs" sans au moins une bonne excuse. J'ai du être l'excuse de Rui!

Et puis au bilan de cette 1ère semaine, un sentiment de grand bien-être après ce à quoi on avait du s'habituer au Zimbabwe, du réconfort d'une simple et confortable
normalité: une semaine sans coupures d'électricité, un service de poubelle qui fonctionne normalement, de l'eau chaude qui sort quand on tourne le robinet d'eau chaude, et de l'eau potable sur le robinet d'eau froide, des magasins accessibles et alléchants où l'on peut payer par carte bleue et trouver un surgelé pour dimanche soir... Un pays normal, donc, avec en plus le soleil, l'espace, une vie sans stress, et puis une petite capitale à découvrir.

Seul bémol: l'aperçu de la vie mondaine que j'ai eu hier à travers le collègue de Rui , un jeune somali-ethiopien brillant et survolté: il semble y avoir ici un certain cirque onusio-gouvernemental, sans enjeu mondial loin de là, mais non sans ses histoires et ses personnalités. Dans le genre: le garçon est embarrassé car il a retrouvé un matin dans son lit une des pontes gouvernementales, de 10 ans son ainée, et qu'il ne cesse de décommander faute de pouvoir l'éconduire franchement (il n'est pas en position
)...

J'ai appris que "Lesotho" est une déformation française pour nommer le pays des "Basothos" (pluriel de Sisotho), et que toute la famille dynastique est éduquée en Grande Bretagne: jamais colonisé, le Lesotho n'a eu de cesse de donner des gages à la Couronne britannique pour tenter d'entrer dans son giron - mais la perfide Albion, maintenant un équilibre précaire avec les Boers, n'a jamais fait à ces derniers  l'affront d'accepter le petit Royaume dans son sein. Le pays a donc un "tropisme anglais" frustré mais jamais déçu, ce qui, m'a fait remarquer Rui, est tout à fait unique dans une Afrique dont les élites partout ailleurs ont connu l'attrait pour la culture colonisatrice avant de la rejeter pour affirmer ses indépendances. 

Les Basothos ont donc pris le pli britannique sans être écrasé par le joug colon, et ont maintenu un flegme tout indigène. Beaucoup de formalisme, surplombant des traditions très fortes, et applati par une léthargie douce et coriace. Tout est lent, jusqu'au chauffeur du PAM qui doit s'arrêter de faire quoi que ce soit en parallèle pour m'expliquer ce qu'il fait, et encore marque de longues pauses dans son discours comme pour souligner sa concentration et son effort. A l'heure où j'écris et depuis 2 bonnes heures, il y a un homme assis sur une chaise qui tient un tuyau d'arrosage à la main, et patiemment arrose le jardin de l'Alliance française. Je suis sûre que si je le regarde assez longtemps, je le verrai tourner lentement sur lui-même.... en plein stress.

Mais j'ai compris que cette lenteur était, encore, toute relative dans cette capitale du Royaume des montagnes qui doit stresser plus d'un villageois. Dimanche, nous sommes sortis de la ville pour visiter un lac: par 3000m d'altitude, les moutons, les vaches et les chevaux dominent le rythme du Lesotho. Très peu de villages, quelques hommes et femmes enroulés dans leurs couvertures et cagoules... c'est le printemps, mais alors, l'hiver prochain ça va cailler.
Et l'hiver ici, c'est 6 mois sans chauffage central ni isolation thermique.... vous feriez mieux de nous rendre visite avant!

Je ne poursuivrai pas sur le Bulaniouses avant d'avoir trouvé le nom du prochain blog: Lesostories, Lesothologie, Basostories, Lesoscopie, Leso-blog, Lesoshots.... à vous de me dire?


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