Il commence à faire très chaud (37° aujourd'hui) en attendant les premières pluies, qui ont arrosé le Mozambique et l'Afrique du Sud, mais tardent à tomber sur le plateau du Zimbabwe. La saison est magnifique, avec une explosion de jacarandas en fleurs (mauves!), agrémentés de massifs de buissons fuchias, jaunes, orange également en fleurs. Bientôt, ce seront les flamboyants (orange) qui illumineront nos routes.Le pays est décidément transformé: on trouve tout dans les magasins, on n'a plus beaucoup de coupures d'eau ou d'électricité (du moins dans notre quartier!), et les affaires reprennent avec l'enthousiasme de Zimbabwéens longtemps frustrés de ne pouvoir rien faire: nouveaux restaurants, petits commerces, etc.
Mais le Zimbabwéen moyen n'a pas pour autant la vie facile, avec des tarifs qui ont retrouvé voire excédé les niveaux internationaux: 50 à 100 USD les factures d'électricité, de téléphone ou d'eau (contre 1 ou 2 USD grâce aux effets combinés et paradoxaux du marché noir à la grande époque de l'inflation). Quand on sait que plus de la moitié de la population vit avec moins de 2 dollars par jour....
Chute cumulée du PIB entre 2000 et 2007 : 40% ; 14% en 2008. 70% des Zimbabwéens dépendent de l’aide alimentaire. Selon la FAO, La prochaine récolte de maïs sera en baisse de 70% par rapport à la précédente et ne couvrira qu’un quart des besoins du pays « en raison de la pauvreté des terres et de problèmes de gestion des semis. Les petits paysans manquent d’engrais, de semences et d’autres matières premières ».
Les fonctionnaires sont toujours payés au lance-pierre, mais l'indemnité unique de 100 USD/mois est apparemment remplacée par des salaires plus variables (150 à 300 USD, et même plus de 1500 dans certaines municipalités les rares fois ou ils touchent ces traitements "mirobolants"). Les professeurs de l'enseignement public, dont les frais sont modérés en ville, et gratuits en zone rurale, continuent de menacer ou de faire grève pour obtenir un salaire décent, et les écoles privées en profitent: celle de Tafazwa, le fils de ma nounou, facture maintenant 120 USD/mois!
Le gouvernement fait de son mieux pour augmenter ses recettes fiscales: de 12 millions par mois à son entrée en fonction en février, à près de 90 millions mensuels en septembre: Ils ont notamment monté sur les routes de petits postes de péage frustres mais bien organisés pour prélever le Dollar réglementaire...
Selon le dernier rapport du FMI, 200MUSD sont requis urgemment pour soutenir le budget et 300MUSD pour l’aide humanitaire immédiate dans les secteurs alimentaires, de l’éducation et sanitaires. La dette extérieur s’élève à 5.1 MUSD (166% du PIB).
Voila, ca semble beaucoup ces centaines de millions, mais quand on compare avec les centaines de milliards de plans de relance chez nous, ou même avec les 2,5 milliards d'euros de manque à gagner que représente en France la baisse de la TVA dans la restauration, ça laisse rêveur...
Les bailleurs occidentaux, peu confiants dans le gouvernement inclusif, continuent de prendre pour alibi l'absence de remboursement de cette dette pour refuser de nouveaux crédits.
Quant à la situation politique, elle reste très compliquée et je ne la brosserais pas en 5 minutes... mais je suis impressionnée par les résultats de ce gouvernement "inclusif" dont je n'aurais pas donné cher lors de son improbable formation.
Un article de Newsweek fait une peinture au vitriol de cette collaboration, en parlant du "pire boulot en Afrique" pour un Tsvangirai qui, depuis son entrée au gouvernement, a perdu sa femme, son petit-fils, et certainement pas mal de cheveux.
Plus facile (en français), voici le résumé de l'Ambassade de France dans sa revue de presse:
Après la crise, la solitude.
Six mois après la difficile mise en place du gouvernement d’union, le bilan est contrasté dans ce pays qui peine à se relever d’une longue crise économique et des affrontements politiques consécutifs à l’élection présidentielle de 2008. Les deux partis ZANU-PF et MDC cohabitent mais ne collaborent pas. Les conflits qui les opposent n’ont toujours pas trouvé de solution. Bob et ses amis opposent une puissante force d’inertie aux demandes du MDC que ses dirigeants ne parviennent pas à transformer en exigences. En mai dernier, le gouvernement s’était donné cent jours pour mettre fin à la violence rampante dans les zones rurales, redonner vie aux systèmes d’éducation et de santé, réformer la machine judiciaire et faire entrer du cash afin de financer la prochaine saison de récolte. Objectifs qui se sont révélés une véritable gageure alors même que la fuite vers l’étranger de médecins, d’enseignants, d’avocats, de juges et d’hommes d’affaires compromet le redressement des divers secteurs socioéconomiques.
(...) Au terme de six mois de cohabitation il serait erroné de considérer que rien n’a changé. Les conditions de vie des habitants sont moins incertaines en attendant d’être meilleures. (...) Cependant, Amnesty International et l’Afrique du Sud manifestent leur préoccupation à l’égard de la situation humanitaire et des libertés publiques ; Le Président et son Premier Ministre, ennemis personnels et protagonistes donnent l’image d’un couple désespérément lié, condamné à sauver leur pays de la ruine. Le Zimbabwe apparaît très solitaire. [Continental oct. 2009 ]


























Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire