
C'est vrai, avec toutes ces histoires d'inflation, de cheques et de zeros, je ne parle que d'argent sur ce blog! Ce n'est quand même pas bien élégant ... et il faut que ça change. Alors voila: je vais vous parler poésie.
Car je suis allée au lancement d'un livre de poésie l'autre jour, si, si. Je n'y serais sans doute pas allée à Paris, je n'y serais même sans doute pas allée à Bulawayo, si ce n'était très fortuitement: Il faut dire que je me suis retrouvée invitée au pré-conseil d'administration de l'Alliance française. N'ayant plus de CA depuis des années, Fabien, le directeur, a décidé de "coopter" des administrateurs, le temps d'organiser des élections ("since it is not always easy to conclude elections in Zimbabwe" a-t-il dit d'un oeil moqueur et un peu limite!) Egalement présente pour ce CA: l'une des fondatrices de Amabooks, une petite et jeune maison d'édition , qui a notamment publié les "short stories from Bulawayo". Elle m'a supplié de venir, de peur de n'avoir pas grand monde, alors bon, par solidarité culturelle disons, et parce qu'il faut bien faire quelques efforts en société, j'y suis allée en sortant du boulot.
Et quelle n'a pas été ma surprise de trouver plusieurs centaines de personnes, jeunes, moins jeunes, noirs et blancs ou bigarrés, rassemblés dans le jardin de la Galerie nationale, pour ce lancement! Il faut dire que c'est le "Intwasa festival", le festival du printemps de Bulawayo, avec plein d'ateliers, d'arts visuels, théatre, danse.... Et bien dans ce cadre, plusieurs événements littéraires dont la parution de Intwasa poetry book, receuil de textes de poetes de Bulawayo et d'ailleurs. Après l'introduction par Bryan et son humour tout britannique, quelques sommités (âgées) et aussi plusieurs jeunes se sont relayés sur la petite estrade pour nous lire des extraits... et surtout les jouer! Car les jeunes ici sont plein d'imagination et inventent des mises en scène étonnantes! Le tout était donc tout à fait plaisant, disons que pour une BA c'était plutôt agréable....
Mais si je raconte cela, c'est surtout pour m'étonner publiquement, et me féliciter (bien que n'y étant pour rien) de la vie culturelle de Bulawayo, dont la vivacité est vraiment épatante dans le marasme actuel.... ou peut-être à cause de... ou enfin de toutes façons. Cinéma, théatre, musique, danse, sculpture, .... ce serait mentir de dire que la vie culturelle et sociale est éffrénée, mais enfin elle est bien vivante et c'est un plaisir. Beaucoup d'ailleurs grâce a l'Alliance française, qui avec son petit budget de quelques 3000€/an semble faire des miracles.
Moi qui disais que la vie culturelle était un peu limitée aux lions et aux éléphants....
Cela dit, ils sont aussi très très jolis cette saison: voir nos photos de Somalisa Camp !
En tous cas, c'est un peu de poésie dans ce monde de brutes....
(A ce propos: on manque cruellement de chocolat ici, avis aux mécènes...)
L'autre image poétique de cette soirée, ça a été , un peu inquiète quant à mon Rafael resté seul avec Rui, de rentrer dans une maison inondée de mélodies brésiliennes. Rafael fesses à l'air en train de galoper a quatre pattes parmi ses jouets éparpillés sur le sol, tandis que son gros canard jaune (celui qui normalement reçoit ses jouets) flottait encore dans une piscine tiède de leurs ébats.
Il faut que je vous dise que Rafael, qui fait du 4 pattes depuis 5 mois, ne marche pas encore autrement qu'accosté à ce qu'il trouve. Véritable petit escaladeur, il fait aussi du surf debout sur son fauteuil à balance, du 4x4 tout terrain arrimé derrière sa poussette, et des vols planés accrochés à son père dans la piscine. Il sait aussi enfiler des rondelles de bois sur leur axe, ouvrir et refermer une bouteille, manœuvrer une porte avec la poignée, et descendre d'un lit les pattes en avant. Il ne mange plus qu'avec les doigts, ce qui fait aussi cours de peinture, et boit au verre et au goulot. Il a découvert l'électronique - on s'en serait passé - et met en route le magnétoscope pour danser sur le générique de ma série préférée, ou se hisse jusqu'à la chaine Hi Fi pour mettre du volume en se dandinant dans le rythme. Il va depuis une quinzaine à la crèche - mais ne lâche pas sa poussette, qui doit, j'imagine, remplir la fonction du doudou qu'il n'a jamais eu. Il y reçoit placidement les salutations de plusieurs douzaines de gamins, qui descendent les escaliers en lui frappant la main et en criant "Ikhiwa !!!!" ("bébé blanc" en ndebele), car il est le seul petit africain tout blanc dans cet établissement de 200 gamins - les autres ont des nounous, ou vont dans des écoles de blancs je suppose.
Surtout, Rafael joue maintenant avec son petit neveu Ivan ,de 2 mois son aîné.
Car après Sonia qui est venue perfectionner son anglais, c'est Mayisa, l'aînée de Rui, qui nous a rejoint avec son fils. Et moi, je viens de réaliser que, si Rafael était tonton, et bien moi j'étais quand même belle-grand mère!
Ca fait un choc, non?

























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