vendredi 19 septembre 2008

Y en a qui vont regretter....

Bon, Ca y est, Mbeki a obtenu lundi avec un certain brio apparent un résultat à sa médiation, quand, lors d'une conférence de presse, Mugabe et Tsvangirai ont annoncé la signature d'un accord de partage du pouvoir. Sortie de crise des élections démarrées en mars dernier. Bon... c'est vendredi, et ils échouent pour l'instant à sortir un vrai gouvernement du chapeau, mais, allez... on se veut optimiste, car comme chacun dit: "it can not get worse anymore, it must get better, no way, for sure it will get better".

Si chacun des deux protagonistes a un intérêt bien compris à donner une chance à cette cohabitation inédite, ils auront du mal à mener une collaboration franche et sincère, tant ils se sont détestés toute leur vie. Sans compter que leurs partisans ne sont pas toujours convaincus: Mugabe a sans doute compris que ce compromis historique lui permet de rester au pouvoir, mais bien des dignitaires de la Zanu-PF comprennent que ce qu'on leur demande, à eux, c'est de lâcher leur poste pour faire de la place au MDC. Et ça, non, iles n'aiment pas. Et ils sont nombreux au sein de la Zanu à être passés maîtres dans le lessivage de planche et l'art de la manipulation.... Selon la BBC, ce sera un boulot à temps plein pour Tsvangirai de surveiller derrière son dos. On espère au moins que, en tant que premier minsitre, il ne se fera plus arrêter à tout bout de champ par la police, comme encore le mois dernier à l'aéroport, sur le chemin d'un sommet de la SADC!

Enfin, on veut y croire... Mais alors, comment remettre en route une économie toute en vrac, avec ses 15 millions d'inflation et -25% de croissance annuelle?? Franchement, des fois, j'aimerais être une économiste pour démêler les écheveaux de ce système délirant qui continue sa dégringolade en roue libre depuis plusieurs années. Y en a bien un qui a essayé d'expliquer sur Agoravox, mais je n'ai pas été convaincue.
Et puis, maintenant, ce ne sont pas seulement les mécanismes de marché noir qui brouillent l'économie réelle, mais tout le système de valeurs qui est insensé, perdu dans les distorsions entre systèmes de changes et modalités de paiement. Alors que le change officiel à la banque stagne autour de 80 zim$/USD, le change au marché noir s'élève à 450 dans la rue, et atteint 45000 pour les transferts bancaires, car l'argent en banque n'a plus de valeur faute de pouvoir le retirer - la banque centrale imposant une limite de retrait journalier de 400 zim$, soit moins de 1 USD - ou de pouvoir payer par chèque les commerçants. Du coup, les prix n'ont aucun sens.... et toutes les entreprises qui fonctionnent depuis des mois à perte ne savent plus à quelle monnaie se vouer. Les institutions et services publics, quelques rares enseignes, acceptent encore les chèques, et c'est ainsi que l'eau, l'électricité et la taxe d'habitation ne nous coutent quasiment rien. Moins d'1 USD par mois pour nous qui pouvons payer par chèque, mais près de 40 USD pour les pauvres Zimbabwéens qui touchent à peine ce revenu mensuel, et doivent encore faire la queue pour payer en liquide: La vie n'est vraiment pas juste.

Alors, pour remettre tout ça d'aplomb... va peut-être
aussi y avoir de la casse. Pour accompagner ce mouvement difficile, on doit compter sur l'allégement des sanctions qui devrait aller de pair avec la restauration du soutien des institutions internationales, et surtout une aide économique conséquente de la part de l'Union européenne et des Etats-Unis, à supposer que la coalition fasse ses preuves, et que les deux partis se mettent d'accord sur un minimum de politique économique cohérente.

Ce qui est sur, c'est que tout va devoir changer, et que cela va avoir des conséquences. Dans le bazar économique actuel en effet, chacun y va de sa combine pour tirer son épingle du jeu: les "runners" qui vont acheter pour vous des biens au Botswana, les agents qui facilitent la vie des runners en démélant la paperasse et en graissant peut-être quelques pattes, les douaniers qui à défaut d'être bien payés sont sans un peu accomodants, les trafiquants qui vont acheter le mil ou le sucre de l'autre coté du pays, pour le vendre au marché noir et éviter les contrôles des prix, les changeurs d'argent à la sauvette qui n'ont pas d'autre métier, les "grands argentiers" qui distribuent les trillions de dollars sur les comptes en banques servant à acheter des devises, les employés de banque qui touchent de gros dessous de table pour délivrer du liquide aux trafiquants et aux marchands, les faux agriculteurs qui revendent au noir l'essence subventionné, sans parler des vrais agriculteurs qui ont trouvé moyen d'acquérir, pendant la campagne électorale, des tracteurs à 10 USD payables en 3 fois, etc etc etc. Chaque fois que le gouvernement a tenté de mettre en place une mesure ou un contrôle pour réguler une économie qui part en vrille, les Zimbabwéens ont déployé des trésors d'ingéniosité pour contourner le problème, survivre... tout en combines.

Quant à nous, à notre petit niveau d'expats privilégiés, on va devoir faire quelques sacrifices... J'en connais qui sont tout paniqués à l'idée de ne plus avoir accès aux RTGS (le systeme de transfert bancaire utilisé essentiellement pour changer au noir des devises à des taux 500 fois plus avantageux que les taux officiels), et accéder ainsi, dans les fonds de stocks de quelques pharmacies du coin, à des produits Clarins de première qualité à moins de 2 USD l'unité, ou encore à des sculptures à 300 USD leur revenant à moins de 1 USD.... Sans compter les hôtels et restaurants qui, acceptant les chèques, soldent leurs meilleures prestations 10 fois en dessous du prix! Bon, ça nous consolait des yaourts à 4 USD le pot, et de l'huile d'olive à 35 USD la bouteille. Mais ça nous consolerait encore plus de voir ce magnifique pays repartir un peu de l'avant!

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