L'eau, le gaz et l'électricité... c'est pas gagné!
Le quotidien est en effet un peu compliqué. Hier, c'était le téléphone: ils n'envoient plus les factures (faute de papier apparemment), et du coup si on ne paye pas, ils coupent la ligne! Il m'a fallu faire 3 queues au "France Telecom" local pour la rétablir.Les queues à la banque sont quant à elles toujours interminables (heureusement généralement on se débrouille autrement.) : après une première expérience de 1h au distributeur qui m'a valu un coup de soleil, mon nouveau record de queue est de 2h20! Maintenant, je prends un livre.... et quand je le termine au milieu de la queue, je le recommence! Tout ça pour des retraits limités à 50 millions par jour, soit moins de 10 USD.... Depuis des semaines en effet, les banques limitent les retraits pour cause de pénurie de cash... Certains disent que le papier coute plus cher que le billet...
Les petits prix qui grimpent qui grimpent qui grimpent!
On aurait ainsi battu le record d'inflation de l'Allemagne de Weimar (32 500%), avec des estimations variant de 60 à 100 000%.... mais il est vrai qu'elles sont hasardeuses, les produits du "panier de la ménagère" n'étant pour la plupart tout simplement pas disponibles!Extrait de la revue de presse de l'ambassade de France: "Si tant est que le client parvienne à retirer de l'argent de la banque, ce ne sera même pas l'équivalent du prix d'une boîte de thon… Un exemple en valant mille, on notera en effet que la boîte de thon, lorsqu'elle est disponible, se négocie ces jours-ci à près de 20 MZWD, soit 666 US$ au taux officiel et quand même 10 US$ au taux parallèle pour les espèces.
La spirale inflationniste s'accélère avec des augmentations quasi quotidiennes des prix. On aurait même vu un restaurant de Harare augmenter ses prix entre la commande et le dessert…"
Mais pour tout, les prix ont beaucoup augmenté, même en calculant au taux de change du marché noir (donc au-delà même de l'inflation). Une pomme, un concombre reviennent à presque 1 USD! Sauf a considérer "l'autre" taux de change au noir, car il y a maintenant un taux "électronique" ( si quelqu'un vire de l'argent sur ton compte) qui est 4 à 5 fois plus avantageux que le taux "cash", pour cause de... pénurie d'argent!
Au Botswana
Mais la pire des queues c'est celle que nous avons vue a la frontière du Bostwana. Rui voulait y aller pour la journée samedi, j'ai suggéré de partir vendredi et d'y passer la nuit, j'ai bien fait. L'une des queues faisait plusieurs centaines de metres... sous la pluie. Nous y étions avec Rafael, un couple d'iItaliens et leur bébé: et heureusement nous avons pu arguer des laissez passer des Nations Unies pour passer devant... en bons latins. Quelqu'un nous a dit ce jour là avoir passé 8h pour traverser ce double poste frontière! Les Zimbabwéens sont d'une patience... Et encore au Botswana, tu les vois faire la queue pour changer de l'argent! La ville de Francistown est une série de supermarchés à ciel ouvert, et le jeu consiste à faire tous les magasins le plus vite possible... Nous qui aurions besoin, après les étalages vides de Bulawayo, de retrouver le plaisir du shopping, nous devons le faire au pas de course. Et de fait, cette expérience ne nous donne pas envie d'y retourner.De retour à Bulawayo, nous allons au poste dessence où Rui peut se ravitailler avec des coupons distribués par le PAM. Pas de queue... c'est louche. Il demande au pompiste "il y a du fuel"?" "Oui, il y a du fuel, mais il n'y a pas d'électricité". Tout s'explique.... welcome back to Zim!
Shopping
A vrai dire, on trouve maintenant plus de choses ici. Pas de tout, pas partout, pas tout le temps, alors quand tu rencontres des amis ça donne des conversations du genre "et as-tu vu des yaourts récemment"? "tu sais ou trouver du pain en ce moment"? Et puis, certains produits des plus courants ont déserté les circuits officiels pour ne se vendre que au noir: c'est vrai de la viande - on ne trouve plus que les bas morceaux en magasins, et de temps en temps quelques rares pièces, tandis que les bonnes se vendent dans des "boucheries domestiques". Ont aussi disparu des magasins le milimil (mil de mais qui est à la base de l'alimentation des zimbabwéens), l'huile, le sucre.... Nous avions l'habitude de les fournir en nature à nos employés de maison, ce n'est plus possible sauf à courir les trafiquants...Surprise de Noël
Ce mois de décembre, régler leur salaire a été un peu compliqué... Déjà que nous ne savons jamais combien leur donner entre l'inflation qui court à 100 000%, et le fait qu'on hésite à payer un jardinier le double de ce que reçoit un médecin ou un instituteur... Pour couronner le tout, ce mois-ci, ils ont du dépenser leur paye quasiment dans la journée... et passer le reste du mois sans un sou en poche!En effet, le gouvernement a annoncé, l'avant veille de Noel, que seraient retirés de la circulation, au 31 décembre, les billets de 200 000, qui sont quasiment les seuls utilisés (ça représente environ 30 ct): mais attention: le vendredi 28 encore, la banque ne dispensait pas d'autres billets... tandis que le samedi 29, même les parcs nationaux, qui sont pourtant d'Etat, les refusaient... les banques quant à elles ne devaient les accepter que jusqu'au 31, et encore les dépôts étaient limités....
Coup de théâtre, alors que les Zimbabwéens lanternaient jour après jour, sous une pluie battante, dans des queues interminables, le gouverneur de la banque centrale a fait savoir dans l'après-midi du 31 décembre que les chèques au porteur de 200 000 ZWD restaient finalement valides « jusqu'à une date ultérieure ». "D'un flegme à toute épreuve, il a attribué le report de la mesure concernant les billets de 200 000 ZWD non pas à des problèmes d'organisation, mais aux fortes pluies qui frappent actuellement le Zimbabwe." La manipulation avait soit disant atteint son objectif: permettre au gouvernement de tracer et débusquer les "cash barrons", cad les maîtres du marché noir de devises. D'aucuns notent cependant que, tandis que les banques ne disposaient pas des nouvelles coupures de 500 et 750 millions, les trafiquants, eux, les avaient en main en temps voulu... comme s'ils étaient en position privilégiée pour les obtenir dès leur tirage...!
En attendant, les petits intermédiaires et les paysans qui vendent au noir leurs produits, eux, ont été bien gênés - n'ayant pas de compte en banques....
L'eau du puit
Nous avons réussi cahin caha à faire raccorder la pompe du puits au réseau domestique, mais ce n'est pas terminé - Rui avait payé 100% à l'avance, avant d'attendre un mois, pour se faire dire que le prix des matériels avait - forcément - augmenté, repayer à l'avance, attendre encore, et puis la veille du départ en vacances de l'entreprise (ils prennent quand même 3 semaines à Noel) les ouvriers ont plus ou moins installé les tuyaux, mais pas fait l'installation électrique qui nous permettrait de faire fonctionner la pompe à pression sur notre générateur. Résultat: nous avons de l'eau seulement si nous avons de l'électricité de la ville - et les coupures durent souvent plus de 8h en cette période de Noel! Enfin, là, ca fait 4 jours sans coupure, alors même qu'on nous annonce que le Mozambique, après l'Afrique du Sud et le Botswana, cesse de fournir de l'électricité au Zimbabwe faute de paiement... je croise les doigts.Nos challenges à nous
Dans ces circonstances, une invitation dominicale se transforme facilement en exploit... Car pour faire un rôti, ça n'a l'air de rien, on peut cuisiner avec l'eau stockée dans les baignoires, faire la vaisselle avec l'eau de la piscine... mais il faut bien faire fonctionner le four! Prognostiquer, aux premières heures de la matinée, sur les horaires habituellement praitiquées par ZESA (l'EDF local)... faire du feu "au cas où"... recalculer les temps de cuisson... ou encore trouver la phase du générateur qui permet de rallumer le four, en éteignant tout le reste, y compris la prise qui nous permet de bouillir l'eau, ou de faire le riz, etc etc! Alors on me dira: pourquoi se compliquer la vie avec un rôti?! mais parce qu'on fait ce qu'on trouve, et qu'on est drolement content de l'avoir trouve ce rôti! Encore faut-il dire qu'en matière de rôti, on n'est jamais sur de rien... car en fait nous avions affaire à un énigmatique "beef roll", tel qu'on peut le trouver dans ce nouveau contexte de boucherie sauvage - et ces incertitudes n'arrangent pas le calcul des temps de cuisson!)Mais enfin, ce sont des difficultés toutes relatives face à celles auxquelles sont confrontés l'immense majorité des Zimbabwéens, dont le pouvoir d'achat se réduit à peau de chagrin. Mon amie de l'agence web me disait que les manœuvres qui travaillent dans son compound n'ont pas mangé de viande depuis 2 mois...
Occupations?
Voilà, sinon, côté occupations, je n'ai pas vraiment avancé... mais ne m'en trouve pas mal!J'avais imaginé trouver une formation en "monitoring et évaluations" à distance, et peut être proposer à MSF de faire quelque chose pour eux dans ce domaine pour leus activités Sida - mais comme ils travaillent dans l'hopital public, où il y a une infirmière sur deux, personne ne remplit les données de base sur les patients et il n'y a donc pas grand chose à monitorer - ce n'est pas la priorité. Je vais voir plus tard si je cherche quand même une formation...
J'ai revu mon agence web, mais pour l'instant ils n'ont pas beaucoup de travail "dans le pipe": il semble qu'en attendant les élections en mars, meme si on n en attend pas grand chose, chacun va être prudent et tout est suspendu... On va peut-être travailler quand même un peu ensemble, à titre expérimental, pour exploiter un nouvel outil qu'on pourrait proposer à l'avenir à d'autres clients.
L'Alliance française va reprendre les cours, et on m'a vaguement demandé si je pourrais assurer un cours de conversation: peut-être que je ferai ça, on va voir. Le directeur étant absent, ça tourne au ralenti...
Et puis il y a un orphelinat à côté qui encourage les volontaires pour passer un peu de temps avec les enfants, qui manquent d'attention. J'y suis allée quels fois avec de amis, et pourrais y aller davantage, mais ce n'est pas tres structuré, c'est un peu un moulin, je ne sais même pas à qui m'adresser...
Quotidien domestique
Comment je me repartis les choses avec Jennifer?Généralement, Rui part le matin avec la voiture. Je nourris Rafael, le change, jette un oeil sur mes mails... pendant que Jennifer fait du ménage et lave le linge de Rafael. Elle est terrible: tous les jours il faut qu'elle nettoie les 2 salles de bains, ci, ça... elle travaillait précédemment dans un lodge et a gardé ces habitudes. De fait, c'est elle qui "tient la maison" maintenant - Gogo, notre femme de ménage, a eu hier 70 ans, et est un peu fatiguée, alors ca lui permet de se la couler plus douce. Elle vient quand même 3 fois par semaine, lave et repasse notre linge, fait un peu de cuisine, mais pour le reste c'est Jennifer qui gère. Parfois le matin j'emmene Rafael en poussette, soit au centre commercial d'à côté, soit à l'Alliance française ou j'emprunte livres et films. Rui retre déjeuner, me laisse la voiture, et l'apres midi je vais souvent en ville - banque, courses, démarches diverses. Tout ça entre deux tétées - je peux alors laisser Rafael à Jennifer. A 5h Rui rentre; trois fois par semaines nous allons courir: je demande alors a Jennifer à nouveau de garder Rafael, et souvent elle va faire un tour en poussette; les environs de notre maison sont très agréables, avec ses rues calmes et boisées. Ensuite c est bain, tetee, coucher, diner.
Jennifer m'aide aussi à faire la cuisine: je lui montre des choses (tartes aux fraises, aux prunes, aux oignons, lasagnes, pizza, gratins, ...) - elle apprend bien. Elle, de son côté, sait mieux que moi cuire des viandes souvent coriaces. Elle prend généralement son vendredi, car presque tous les dimanches nous recevons des amis à midi, et elle m'aide alors à faire la cuisine et la vaisselle.
Gogo aussi cuisine, mais alors elle n'en fait qu'a sa tête, qu'elle a encore assez entière mais décidemment forte: sa cuisine est donc imprévisible: il n'y avait qu'à voir ma tête hier soir quand j'ai découvert des pommes de terre... rapées, après que je lui ai demandé de les couper fines pour faire un gratin dauphinois: l'ustensile que je lui ai montré pour faire des lamelles ne lui paraissat pas bien pratique, elle en a pris un autre!
Notre vie sociale s'est assez épaissie, entre les nouveaux collegues de Rui, dont ce couple d'Italiens tres sympas, les gens de MSF qui sont des anges - deux médecins ici, et l'équipe de Tsholotshio qui rentre généralement le week end - mes amis franco-gabono-zimbabwéens, etc.
Rafounet
Rafael est très bouclé maintenant, et je trouve qu'il me ressemble petite : en tous cas sur la photo qu'avait utilisée Odile dans la présentation powerpoint de mon mariage et que j'ai retrouvée! Il est plutôt calme: s'endort facilement quelles que soient les circonstances, dort bien dans son lit sans difficultés.... mais récemment, il me réveille davantage la nuit avec des tétées à 8h, puis trop souvent 1h et 4h du matin, avant de se réveiller avec nous vers 7h. Parfois, une tétée de 11h le soir m'économise un réveil.
On a pu l'emmener plusieurs fois à des soirées chez des amis, Noel, nouvel an ou autre, mais aussi en pique nique, et au Botswana, sans aucune difficultés: il reste avec nous calmement, passe de bras en bras en sourires, et dort dans sa poussette quand il faut quel que soit le bruit. Nous sommes très bien équipés avec la poussette de Claire, l'écharpe, le porte bébé, et même la chaise basculante, ainsi que le berceau et les meubles en rotin que je me suis fait faire ici.
Il sourit volontiers, rigole même quand Rui fait le clown, quand Gogo lui fait la conversation en ndebele a grand renfort de grimaces, ou que je lui appuie sur le nez en faisant "pouet". Il sourit même sans son demi sommeil si je lui embrasse ses petits poings... Il est fasciné par sa vache de l'Aubrac avec sa grosse cloche, que je lui ai accrochée avec son hippopotame au-dessus de la table à langer. Il aime aussi beaucoup les poissons en bois de son mobile: quand je lui fixe assez bas, il donne des coups dedans pour le faire bouger, au risque de s'en prendre un sur la tête, ça ne l'émeut pas. En ce moment, il apprend à bien tenir sa tête, et commence à contrôler un peu ses mains - un peu... il a tendance à les agiter dans tous les sens et c'est sur qu'il atteint ainsi ses jouets, jusqu'à ce que ça l'énerve!
Il aime beaucoup le bain, mais je dois faire bien attention qu'il n'avale pas d'eau.
Malheureusement, nous avons pas mal de moustiques cette année, et il se fait piquer comme nous.
J'ai l'impression qu'il garde ses yeux bleux...
J'ai fait plein de photos: des que j'ai le temps je les trie et les mets en ligne.
Demain, le fils de Rui Artur arrive de Maputo, pour 2 semaines. Ca va faire un grand frère! Il a 6 ou 7 ans.
Voila les nouvelles de Bulawayo...
Gros bisous
Agnes


























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