
Pâques, au Zimbabwe, c'est au moins 2 jours fériés autour du week-end, mais c'est déjà bien une semaine en avance qu'on s'y prépare, en n'entreprenant plus rien! Impossible de demander un service à un artisan: il doit boucler ses activités pour démarrer le week-end vendredi pétant, ou mieux jeudi midi pour ne pas prendre de risque...
Quant à nous, nous en avons profité pour visiter les Eastern Highlands, de l'autre côté du pays, après une nuit d'escale à Masvingo chez des collègues de Rui. J'avais eu quelque mal à réserver le "Troutbeck Resort", un bel hôtel 3 étoiles dont le téléphone apparemment ne fonctionne pas. En arrivant vendredi dans cet établissement ancien posé devant un lac en altitude, nous croyions bien que la Suisse avait été colonisée par les Anglais - golf et pelouse égalisée aux ciseaux à ongle, salle de billard et pub interdit aux moins de 18 ans - à cette différence près que le personnel est tout noir dans ses costumes trois pièces.
Quasiment seuls à profiter de l'esplanade, Rui et moi spéculions gaiement sur la survie de ce grand hôtel vide à travers la crise zimbabwéenne, en nous demandant si le tarif de 125 USD la chambre double, petit-déjeuner et diner inclus, n'était pas évidemment rédhibitoire pour une clientèle nationale jusque là habituée à des tarifs plus cléments - à l'ère de feu le dollar zimbabwéen, en tant que résidents, on avait accès à des tarifs ridiculement bas (genre 25 USD le week-end en pension complète, activités comprises, pour 3). Nous ne sommes pas restés très longtemps inquiets de la désaffection du lieu: en fin d'après midi, nous avons vu déferler une foule de familles, essentiellement classe moyenne noire de Harare, venus avec enfants, grands parents, et parfois nounou, bien décidés à profiter des fêtes. Il suffisait de contempler le parking regorgeant de 4x4 rutilants pour comprendre qu'ils ne s'étaient pas saignés très blanc pour venir ici. L'économie de ce pays recèle encore de nombreux mystères...
Entre ballades à pied et activités de jardin d'enfants, le week-end est vite passé. Pour terminer notre séjour, l'hôtel organisait un "diner dansant" avec buffet, orchestre et nappes blanches - rien cependant qui n'empêche notre tornade de Rafael et de nombreux autres bambins de participer à la fête, l'Afrique est décidément toujours baby-friendly. En bon Mozambicain, Rafael est toujours le premier à se dandiner en musique, et il s'est vite fait remarquer par le leader du groupe, parmi une audience plutôt sage. C'est ainsi qu'il a terminé la soirée sur scène: une prestation timide mais remarquée! En duo, disons, muet (sic) avec le chanteur, Rafael d'un coup se trouva un peu impressionné le bougre, d'autant qu'il lui était difficile de répondre aux sollicitations du musicien, étant donné qu'il ne sait toujours pas parler - cela ne manque pas de toujours surprendre alors qu'il est par ailleurs grand et plutôt agile pour son âge. Néanmoins applaudi par la salle, l'expérience lui a plu et j'avais bien du mal à le retenir de remonter sans cesse sur scène tripoter tout ce qui fait micro et appareils de musique...
Pour couper la longue route du retour, nous nous sommes arrêtés une journée à Harare chez nos amis italiens, eux même en vadrouille - vive le WFP timeshare où l'on profite à l'oeil d'immenses villas avec piscine et nounou à disposition... Le seul problème était de nous sustenter, car au Zimbabwe la plupart des restaurateurs n'aiment pas travailler le week-end - sans parler du week-end de Pâques: même les Chinois avaient mis la clé sous la porte! Nous avons longuement erré au petit bonheur la chance, dans cette ville immense, rendue un peu hostile par les coupures générales d'électricité: s'orienter à la lueur des voitures sur ces larges avenues, quand un automobiliste sur trois compense l'obscurité en mettant les pleins phares, relève de la gageure...
Nous avons finalement trouvé un pub et une pizzeria qui nous ont permis de tenir la fin du week-end... Dans cette dernière, pendant que Rafael s'évertuait à impressionner une petite fille de 2 ans son ainée dans l'aire de jeux aménagée à leur effet, j'ai trouvé conversation auprès d'une jeune et volubile psychologue Zimbabwéenne. Elle avait fait ses études au Royaume Uni et se languissait au département des Ressources Humaines de la Banque centrale du Zimbabwe. Dans cette noble institution qui a fait la réputation du pays avec son record historique d'inflation, les psychologues ont parait-il peu le loisir d'appliquer les méthodes de management enseignées à Oxford, car ce qui compte en gestion des ressources humaines ce serait plutôt, disons, les relations. Quant à la rémunération, elle est de toutes façons calée sur l'allowance de 100 USD en devises que le nouveau gouvernement parvient péniblement à assurer, depuis le mois de février, à tous les fonctionnaires (du balayeur au directeur de département) en attendant que de nouvelles ressources permettent de fixer des grilles salariales. Et moi de me demander comment elle arrivait à payer des pizzas à 10 ou 20 USD à ses deux filles ce soir là...? Il est vrai que cette sortie n'était pas programmée: la coupure d'électricité avait coupé court à une boullaison de pommes de terre à l'eau, et mon amie avait préféré venir trouver un peu de lumière à la pizzeria... Réaction logique, en effet... Ce pays ne cessera de m'étonner.
Avec Vincent, le délégué français du CICR arrivé il y a 3 mois et hyper optimiste sur l'avenir proche du Zimbabwe - il n'a pas vécu les quotidiennes coupures d'eau et d'électricité qui plombent le moral et les analyses, mais pour notre bonheur épargnent notre quartier à Bulawayo depuis 2 mois - nous ne cessons de nous interroger sur l'économie du Zimbabwe: pays étonnant qui, du fond du gouffre, avec un gouvernement que tous vouent à l'échec, est parvenu en quelques jours, tout au plus quelques semaines, à juguler 235 millions de pourcent d'inflation, à dollariser la totalité de ses échanges (chaque commerçant combinant avec dextérité dollars américains, rands voire pulas), et à remettre au travail infirmières et enseignants. Les étals des magasins se sont aussitôt remplis, et les postes à essence distribuent sans embage... du carburant! Le tout dans une certaine bonne humeur, caractéristique des Zimbabwéens, que l'on pourrait envoyer en France dispenser quelque stage de survie insouciante et bienheureuse...

























3 commentaires:
moi qui n'est pas sorti de paris depuis 6 mois, ça fait rêver...
Heureusement , j'ai eu le droit à un gigot pascal (en compagnie de tes parents) pour me redonner quelques forces !!
à bientôt, bisous.
jean-noël
Jean-Noël il faut prendre l'air!!!! Revends vite tes actions Matra et viens faire un tour ici quand tu veux...
Merci pour ces nouvelles passionnantes, et bravo à Rafaël pour sa prestation (un nouvel artiste est-i né ?). Et bravo aussi pour la dictée avec 16 fautes seulement (il vaut mieux cela que certaines fautes de français de ...pourtant il avait eu 15/20 à l'épreuve philo du bac, sans fautes !). Et vive le Zimbabwe ! Brigitte
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