jeudi 13 novembre 2008

Quand est-ce que trop c'est trop?


Il y a des jours, où vraiment y en a marre. On sature. On arrête de faire le dos rond et d'enregistrer les déliriums zimbabwéens comme autant de pièces dignes d'histoire .
Souvent c'est juste une intensification des coupures électriques qui se combine avec 2 ou 3 autres vexations quotidiennes. Hier matin, c'était une toute petite série mais quand même...

- Le fils de la nounou, à qui on a payé l'examen de Cambridge car le Bac zimbabwéen est en grève, et qui ramène une énième facture de "top up" de 15 USD, payable en devises, réclamés par l'école. Car quand on paye quelque chose ici, il faut s'attendre à devoir repayer un complément ou deux avant la fin du mois, pour compenser l'inflation ou je ne sais quoi

- Le vendeur de meubles en paille, à qui on a commandé un tapis 180 rands avec un acompte de 10 USD, et qui rappelle la bouche en coeur pour dire que le matériel a augmenté et maintenant ce sera 500 rands. Et comme j'annule la commande, il a quand même dépensé mes 10 USD pour acheter le matériel, sans que j'arrive à les récupérer.

- Le téléphone filaire qui ne marche plus que quand il veut. Depuis 2 semaines, la compagnie téléphonique fait des coupures intermittentes; on ne sent pas si c'est faute de matériel technique défaillant, ou simplement une nouvelle pratique de rationnement destinée à limiter la consommation dont les factures ne couvrent pas le 100eme des coûts -un peu comme les coupures électriques parent au manque de carburant des centrales... Ca fait longtemps qu'on ne peut plus appeler l'étranger que par hasard, le cellulaire marche une fois sur 2000 tant le réseau est saturé, mais si on ne peut plus joindre son voisin sur sa ligne fixe....

- le mois d'abonnement internet (en
dial up pourri qui marche quand le serveur n'est pas en rade, quand il n'y a pas de coupure d'électricité et quand on a une ligne téléphonique) est maintenant facturé en quadrillions de zim$ pour les clients qui voudraient payer en chèques. Il parait que le taux du dollar américain, sur le marché parallèle à Harare, est de 10 quadrillions / USD sur les comptes bancaires! Mais comme ce taux est multiplié par 100 plusieurs fois par mois, il nous est de venu impraticable de changer de l'argent sur un compte que l'on n'arrivera pas à dépenser avant qu'il ne vaille plus rien. On peut aussi payer sa facture internet Mweb en liquide, 1,2 millions de Zim$ "seulement". Mais le temps d'aller deux fois à la banque effectuer un retrait plafonné à 500 000$ quotidiens, le tarif de Mweb a doublé....

- J'ai bien tenté aussi le magasin d'artisanat local Jairos Jiri, tenu par un réseau d'handicapés, pour mon tapis de sol. Comme il n'y avait pas grand chose dans les rayons, j'ai voulu passer une commande, et la gérante a bien tout noté. Mais comme je lui demande dans quel délai elle pense avoir un devis, elle m'explique que les femmes qui confectionnent ces tapis sont à Gwanda, et ne peuvent plus venir très souvent à cause du coût du transport. Ah... Et on peut leur téléphoner? Ah ben non... puisque d'habitude, dans les zones rurales, on pouvait appeler les gens via les écoles, mais là, depuis que les écoles n'ouvrent plus.... Alors, elles viendront en ville si il y a un urgence médicale, ou bien, peut-être un enterrement, enfin on espère avant la fin du mois.

Voilà, et ça c'est les contrariétés de la vie quotidienne pour nous qui avons tout, maison, générateur et puit à eau, travail, voiture, personnel, et beaucoup d'argent, même si on a du mal à le manipuler. Alors, comment le Zimbabwéen moyen peut-il vivre et survivre dans cette situation? En marchant des kilomètres à pied pour faire des heures de queue à la banque toucher un peu d'argent qui ne vaut rien? Ou payer des sommes astronomiques le minibus pour se rendre à un travail où il n'est plus possible presque de faire quoi que ce soit? Et garder un large sourire en presque toutes circonstances?
Souvent on aimerait qu'ils aient un peu plus notre sens de la jacquerie, plutôt que de tout supporter ici, avec résilience et bonhommie.

Il y a encore 12 ou 16 mois, on avait coutume de dire que ce pays avait d'énormes atouts - climat, agriculture, mines, tourisme, ressources humaines, infrastructures: il suffirait d'un changement de contexte pour que les affaires reprennent. Aujourd'hui, alors que tout se détériore encore dans des proportions ingérables, sans que le pays n'ait même de gouvernement depuis la crise électorale démarrée le 29 mars dernier, on se demande si quelqu'un ne voudrait pas éteindre la lumière et mettre la clé sous la porte. En attendant des jours meilleurs....

Y a des jours comme ça....

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