vendredi 31 octobre 2008

Arithmétiques

Avec cette inflation à 220 millions de pourcents, la chûte du Rand (suite à la démission du Président Mbeki), la remontée du Dollars (suite à la crise américaine va comprendre pourquoi), le Pula qui reste accroché au Rand (parce que c'est une monnaie africaine ils disent), les Chinois qui refusent les Pulas (parce qu'ils y perdent leur latin semble-t-il) et toutes les distorsions du système financier zimbabwéen, les gens deviennent complètement désorientés avec l'argent, et sont capables d'annoncer n'importe quel montant, de doubler un prix en Rands en une semaine: et j'en passe: on ne sait plus à quel dollar se vouer.

Le taux de change Zim$/USD, qui plafonne à 690 au taux interbancaire, est passé en quelques jours de 35 000 à 90 000 au marché noir pour le liquide, mais il est beaucoup plus "avantageux" dans le cadre de transferts électroniques, cad pour l'argent en banque qui ne sert à rien, il est vrai, car on peut difficilement s'en servir: de 35 millions le dollar américain est passé cette semaine à 1 milliard de Zim$. On se demande quelle est la procédure pour créer si vite tant de trillions électroniques.... ce qui est sur c'est que ça doit coûter moins cher que d'imprimer tous ces billets à zéros.
Et dire qu'au début des années 80, le Zim$ était plus fort que son homologue états-uniens... 25 ans et deux changements de monnaie plus tard (avec suppression de pas moins de 10 zéros pour la dernière), on a renoué avec le milliard.

Rui va chaque semaine a Gweru, où il achète des fruits et légumes moins chers qu'ici: la banane était à 5 000 la semaine dernière, 30 000 cette semaine, soit 600% d'augmentation en 1 semaine.

L'autre jour j'ai voulu remplacer l'uniforme du jardinier: 2 millions de Zim$ en cash cela faisait quand même 59 USD, j'ai voulu payer en chèque mais on m'a annoncé 242 milliards de Zim$, soit rien que... 8500 USD au taux électronique! A ce prix là, je devrais pouvoir me payer un tracteur...?

Et puis, après 3 réparations infructueuses, j'ai eu besoin d'une chambre à air pour ma moto. Le seul spécialiste du pneu de la ville m'a annoncé 500 000 Zim$, puis 5 millions d'un coup, soit quasiment 100 USD! Négociés à 50 avant de m'apercevoir que c'était le prix affiché d'un pneu, et non d'une chambre à air: et j'étais chez le spécialiste du pneu, pas à Monoprix... Mais bon, ici, l'argent ne veut tellement plus rien dire, il faut ce qu'il faut, et une confusion est vite arrivée...

Pour finir, j'ai raté le coche pour payer les frais de scolarité mensuels de Tafazwa, le fils de Jennifer. Ils s'élevent d'habitude à quelques 20 USD en liquide, mais comme on peut payer en chèque cela me revenait 10 fois moins. Et puis ce mois ci ils ont instauré un système d'unités: le prix de l'unité varie chaque jour et diffère selon qu'on règle en liquide ou en chèque. Hier, j'aurais du faire un chèque de 2,5 milliards, mais n'avais plus de chèque disponible. Aujourd'hui le cout des unités s'élevait à 2552 milliards, soit quand même 2552 USD pour le mois si je réglais par chèque! Finalement, j'ai jeté tout mon liquide pour m'acquitter de ces frais...

A coté de ça, notre facture d'électricité et d'eau a peu varié: 100 et 200 000 Zim$ respectivement, payables en chèque, cela fait juste 1 et 2 centimes de dollars par mois....

Et puis aujourd'hui à l'aéroport, le sandwich poulet mayonnaise est vendu 1 million cash ou 15 millions par chèque. Au taux interbancaire, ça fait quand même 1449 USD les deux tranches de pain de mie! Mais avec mon carnet de chèque, je m'en tire à 4,5 centimes de USD les trois sandwiches, gnarf gnarf, j'en ai repris un quatrième car il fait faim au Zimbabwe.

Enfin, comme a dit Gono, le gouverneur de la Banque centrale il y a quelques jours, le Zimbabwe n'est pas affecté par la crise financière globale; son économie est florissante, et ne seraient-ce les sanctions internationales qui l'affligent, ce succès serait évident à la face du monde.

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