lundi 23 février 2009

Etat de grâce?

Fabien m'avait prévenue, revenant de son séjour à Paris: "Tu vas voir, à les entendre avec la crise, le pays est dans un état pire que le Zimbabwe!" Et c'est vrai que l'atmosphère en France est bien sombre.... Encore que: j'en ai vu plus d'un qui attendent un potentiel licenciement avec un fatalisme teinté de soulagement, contents de quitter un travail qu'ils n'aiment plus depuis trop longtemps!

De retour au Zimbabwe, c'est d'abord le soleil que je viens apprécier, après le grand froid humide et parisien. Mais c'est aussi une nouvelle période qui s'est ouverte quelques jours plus tôt avec le fameux gouvernement issu des accords de partage du pouvoir conclu il y a plusieurs mois, et que l'on croyait définitivement embourbé! Et bien non: malgré quelques dissensions résiduelles, une méfiance couverte de plusieurs couches de haine entre les protagonistes, et le maintien en prison de détenus politiques qui auraient du être libérés, Tsvangirai est devenu Premier ministre, sous une nouvelle présidence Mugabe. Le MDC avait une petite majorité de portefeuilles, mais Mugabe a réussi à se caser quelques ministres supplémentaires en dernière minute. Et puis, dès les lendemains de cette intronisation célébrée sans sympathie, le vice-ministre de l'Agriculture MDC s'est fait tabasser par des militants ZANU, puis mettre en prison, accusé de fomenter un complot contre l'Etat ou quelques chose de ce ton. Ambiance....

De quoi donc confirmer les craintes des observateurs, très pessimistes pour la plupart quant à la capacité de ce gouvernement à fonctionner, et qui plus est à faire face à l'impossible tâche de remettre sur pied un pays sens dessus dessous. Car comme disait Rui l'autre jour, même des pays en guerre comme l'Angola ou le Mozambique, durant 20 ans de conflit, n'ont pas connu comme le Zimbabwe aujourd'hui, l'évaporation pure et simple des systèmes d'éducation et de santé : il pouvait y avoir des pénuries de médicaments ou de médecins, mais au moins les structures étaient ouvertes! Les hopitaux, les écoles ont tout simplement mis la clé sous la porte, faute de personnel: les infirmières, les professeurs et les autres fonctionnaires se sont lassés de recevoir cette monnaie de singe qu'est le Zim Dollar (il en faut maintenant 20 000 milliards pour un Dollar américain), ne couvrant même pas leurs frais de transport. La municipalité de Bulawayo (2e ville du pays), en faillite depuis 2 ans, a tout simplement fermé depuis quelques mois. Il parait que les Ambassades du Zimbabwe à l'étranger sont également en banqueroute, mais que le gouvernement ne les ferme pas faute de pouvoir régler 6 mois d'arriérés de salaires et autres.

Et pourtant.... malgré tout, il souffle comme une brise d'espoir insensé ici. Comme si le désir d'une nouvelle ère était si fort qu'il ne s'embarrassait pas des objections rationnelles, raisonnables ou rabats-joie que chacun admet prévaloir pourtant. Dès mon arrivée à l'aéroport, j'ai eu l'agréable surprise de trouver un employé de l'aéroport tout sourire m'aider à porter bagages et poussettes, "car il est normal d'offrir notre assistance aux femmes et à leurs jeunes enfants si l'on veut donner une bonne image du pays", puis
l'officier des douanes troquer son interminable processus de fouille des bagages pour un autre message de bienvenue ! Toutes petites attentions faites avec tant d'enthousiasme qu'on se demande même s'il s'agit de consignes officielles ou d'initiatives personnelles pour marquer leur espoir de changement. A la maison, Jennifer m'a expliqué qu'elle pouvait désormais compter sur son policier d'ex-mari pour supporter l'éducation de son fils, d'autant que la police voulant donner une nouvelle image d'elle même ne permettrait plus les entraves à la justice concernant son propre personnel. Quant aux magasins, fonctionnant désormais tous en devises étrangères, ils ont retrouvé quelques couleurs avec des étals mieux achalandés, et des prix redevenus raisonnables grâce à la restauration d'un peu de concurrence. Entre Gary qui vient d'ouvrir un restaurant à Hillside Dams, Lionel qui prépare l'inauguration d'un bistro / deli en ville, cet autre qui met en place une chaine d'alimentation à destination des expats, il semble que "le moral des entrepreneurs" comme on dit chez nous est remonté de plusieurs crans! Une épicerie improvisée s'est même mise en place dans les locaux de mon bureau, certes bien pratique mais un peu envahissante!Et le plus agréable quand on fait ses courses, outre que l'on ne doit plus transporter des paquets de milliards à dépenser immédiatement sous peine de dévalorisatione expresse, c'est de ne plus devoir exercer le réflexe, si l'on trouve de l'huile ou du beurre, d'acheter toute la pile par crainte de ne plus en retrouver dans les semaines qui suivent.

Ajoutez à cela une bonne saison des pluies pour une récolte qui devrait être meilleure que les 2 ou 3 précédentes, le soleil qui brille, quelques belles manifestations culturelles en ville, et on se croit dans un nouveau pays!

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