mardi 30 décembre 2008

Noël à Goa


Ce voyage à Goa pour retrouver les traces du grand-père paternel de Rui, qui avait traversé l'océan pour travailler auprès de l'autorité portuaire de Maputo - il épousa une Mozambicaine et eut beaucoup d'enfants... Enfin, pas tant que ça! Rafael et Artur sont les seuls descendants masculins de la lignée Germack Possolo. Il faut dire que le nom « Possolo » est assez récent: un Germack de l'empire avait tué en duel un officier de l'armée austro-hongroise à la fin du 18e siècle, et dû réclamer la protection d'une princesse autrichienne partie au Portugal. Ne pouvant à Lisbonne échapper à ses poursuivants, il serait parti près de Naples, où son frère et lui ont développé leurs affaires en adoptant le nom plus protecteur de Puzzuoli - comme de nombreux Italiens qui ont du quitter le village du même nom, après l'éruption du Vésuve. Puzzuoli serait devenu Possolo à Lisbonne, où une partie de la famille s'installa, avant de s'exporter vers l'Amérique latine, l'Angola, et pour un certain Carlos vers l'Inde. Le grand père de Rui n'a jamais beaucoup parlé de Goa, et la famille a perdu tout contact.

Bulawayo - Goa:


Presque 48h de voyages dans 3 avions et 4 aéroports!
Rafael a passé avec succès 9h30 à l'avant du Johannesburg - Bombay, avec trois autres bambins et beaucoup de crapahutage dans les couloirs. Instantané de Bombay: un transfert qui n'en finit plus vers l'aéroport domestique, de nuit, entre les avions, et ce militaire indien posté à l'avant du bus qui, d'un coup, reprend à tue-tête le refrain des variétés que nous sert une radio grésillante, et attrape Rafael pour le faire sauter en l'air. Tout au long de ce voyage, le petit blondinet aux yeux bleux aura beaucoup de succès avec les Indiens - quant aux militaires postés auprès des touristes dans le cadre du plan Vigipirate post-Mumbai Attacks, ils savent s'adapter à l'atmosphère, très "laid back", de Goa. Rafael lui même n'hésite pas à danser dans la salle d'attente, au son boolywoodien qui sort du poste de télévision.

4h du matin: cela fait fait 5 ou 6h que nous sommes en transit dans cet aéroport. Rafaël repose finalement dans sa poussette, Rui s'est également endormi de tout son long sur le plastique anti-pluie de la poussette, au pied des fauteuils anti-sieste, et moi je me suis allongée en équilibre sur 3 ou 4 de nos 6 ou 7 sacs de voyage, tentant de lire Courrier International pour tuer le temps. D'un coup, le guichet de sécurité s'est ouvert, tout se met en branle autour de nous, et je peine à garder le contrôle de toute cette ménagerie: déjà, nos deux trolleys ont disparu, Dieu merci la poussette est toujours là. Alors que l'heure de notre vol approche , je tente de réveiller Rui pour, nous aussi, nous mettre en branle: et mon mari de me rétorquer avec une lucidité toute nocturne: "ben vas-y oui, vas voir le check in" (pourquoi tu me réveilles)". Avec ma poussette, mon bébé, mes 7 sacs sur mes 2 trolleys ... et mon mari endormi. 


1er jour à Calangute

Le taxi nous emmène, à travers une longue route serpentante et verdoyante, à Calangute, une plage du Nord où j'ai réservé un hôtel pour quelques jours. Le Sunkiss Resort revendiquait 3 étoiles sur Expédia, et le personnel, hyper attentionné dans son anglais approximatif, nous traite en effet en VIP. Le confort, lui, reste sommaire, et je souris en voyant le numéro de la réception écrit au crayon à papier à même le mur au-dessus du téléphone, les serviettes savamment enroulées un jour en forme de cœur, l’autre jour en cygne, sur notre lit refait impeccablement avec les draps de la veille, ou encore la qualité un peu vieillie des bacs équipant, sans intention esthétique, la salle de bains depuis l’époque, sans doute, où le seau en plastique était au confort moderne ce que constitue aujourd’hui la bouilloire électrique, proposée par les magazines de presse en cadeau à la nouvelle classe moyenne indienne.
Notre hôtel, d’ailleurs, est empli d’Indiens en vacances, des jeunes couples surtout qui s’ébrouent avec tout le romantisme des productions bollywoodiennes, ravis sans doute d’échapper à la contrainte pesante des familles indiennes, et de profiter de nouveaux congés payés . Il y a 8 millions d’Indiens qui rejoignent la classe moyenne chaque année ! En tous cas, bien des jolies couleurs avec toutes ces femmes en saris sur la plage...

Nous parcourons avec plaisir le faubourg empli de klaxons, de restaurants, de vie. A propos du klaxon, il faut dire qu’il semble être en Inde tout autre chose que chez nous : une manifestation d’existence (je te klaxonne juste pour te dire que je suis là), un acte de civilité ; les camions portent tous des inscriptions dans leur dos de type « please horn » ou, de gauche a droite : « blow – OK – Horn ».

Au détour d’une échoppe, Rui découvre le premier « portugais », Cardoso, en fait un ancien pécheur indien devenu catholique et Taximan, qui ne parle plus portugais mais nous promet de nous mettre sur les traces des Possolo, avec le curé de l’église Sé de Panjim.

Velha Goa et les registres des églises

En fait de portugais et de taximan, Cardoso est surtout rompu au tourisme : parlant bien anglais, les chauffeurs de taxi se font volontiers guides et se louent « à la demi-journée » non sans rechercher quelques commissions. C’est ainsi que Cardoso nous amène à Panjimm « à travers la jungle », dans une plantation d’épices – piège à touristes dont nous nous échapperons avec difficulté.
Velha Goa a été abandonnée par la population suite à la Grande Peste, et il n’en reste que quelques monuments religieux à côté de la nouvelle ville de Panjimm. Le guide qui, pour 100 roupies, me fait visiter la cathédrale de Saint François Xavier m’explique comment près de 65% de la population de l’Etat a été convertie au catholicisme: d’abord les intouchables (essentiellement des pêcheurs) qui ont apprécié d’être traités en VIP par les nouvelles autorités, puis les castes supérieures qui ont été forcées de se convertir, d’abandonner leurs propriétés ou de quitter l’Etat. Cette politique de conversion forcée a été abandonnée, dans le courant du 19e siècle, mais 55% de la population reste catholique, et tous fêtent Noël en grande intelligence, avec de très jolies étoiles accrochées aux maisons. Si quasiment plus personne ne parle portugais, les anciens colons ont laissé de très jolies traces dans l’architecture et des touches exotiques et métissées dans la gastronomie goane.
Nous nous rendons à la cathédrale de Panjim, où Rui rencontre la secrétaire. Elle nous donnera accès la semaine suivante aux registres des naissances du diocèse. A défaut de retrouver des vivants (le dernier serait décédé il y a quelques années), Rui aura retrouvé la trace de plusieurs congénères, entre 1890 et 1912 – nous apprendrons trop tard que les derniers vivaient dans le district de Margao, qui a aussi ses registres.

Noël à la plage

9h, soir de Noël : Rui a entamé une sieste de fin d’après midi qui pourrait bien se prolonger toute la nuit pour absorber son jetlag, mais j’arrive à le convaincre de sortir célébrer le réveillon- lui qui la veille ne voyait rien à redire à ce que Rafaël ne soit pas couché à une heure du matin ! Nous dinons dans notre restaurant préféré, la Rotonda, en compagnie des jeunes serveurs qui viennent faire la saison avant de retourner faire guides à la frontière du Tibet.
Goa, avec ses industries maritimes et surtout son tourisme légendaire, attire apparemment beaucoup de main d’œuvre des autres Etats de l’Inde, et est sans doute moins touché par la misère, même si quelques Intouchables tentent d’attendrir les touristes au détour des magasins de vêtements et de souvenirs. Bombay, où nous passerons au retour, semble bien plus mal en point : il y aurait dans ses bidonvilles autant de personnes que dans toute la Norvège!


Avec Sophie à Agonda Beach

Quel plaisir de retrouver Sophie, qui nous arrive de Delhi avec ses longs cheveux, sa bonne humeur et un petit burn out directement lié à ses fonctions de « coprot » au CICR en Inde: elle va soigner tranquillement sa fatigue en attendant le service interminable des bords de plage, sirotant un « mixed juice » et écoutant l’Océan Indien s’effondrer en vagues langoureuses sur la longue plage courbe de Agonda. Sur les recommendations d’un petit guide, elle a réservé, deux bungalows sur la plage dans ce village très tranquille du Sud de Goa, mais il était clair depuis le début que les réservations n’étaient pas très fermes , au ton de la voix endormie de M. Dersy : « yes, yes, you call the day before and we will see !». En fait, l’un de ses bungalows étant pris pour les 2 premiers jours, il nous emmènera dans une bicoque plutôt plus tranquille, et carrément pas chère malgré la commission qu’il prélevait sur son propriétaire, à 50m de la plage, dans laquelle nous resterons avec plaisir : et Dersy comme sont fils n’auront de cesse de tenter de nous ramener dans leur restaurant, et de réclamer aux uns et aux autres sa commission car « nous sommes ses clients ». Nous avons bien ri avec Rui en imaginant les enjeux locaux, la bataille menée par Dersy et son fils, et la manière dont tout cela risquait d’évoluer si des investisseurs plus conventionnels s’intéressaient à cette charmante baie dénuée de développement commercial.

Rafael dans tous ses états

Bon, le seul souci dans ce coin paradisiaque, c’est que Rafael, dès les premiers jours du voyage, s’est mis à refuser toute nourriture. Et pour compenser, il était évidemment suspendu au sein de sa maman, affamé, dans les taxis, pour dormir, au réveil, au goûter, a l’apéro, contrarié, ennuyé, réveillé, à tout bout de champ, quoi. Et refusant tout ce qu’il aime : pastèque, riz, viande, gâteaux même qu’il s’ingéniait à découper en petites morceaux sans en avaler une miette. C’est seulement après le départ de Sophie qu’il s’est mis à manger… du riz d’abord, puis des choses improbables comme du crabe et des têtes de crevettes tigres! Malgré le bruit des vagues et leurs remous impressionnants, il a appris à aimer marcher vers la mer, se baigner avec nous, caresser les chiens et les vaches, et il a même donné à une petite indienne sur la plage son premier bisou.

Panjim et Fontainhas

En raccompagnant Sophie à Panjim, nous avons découvert le Panjim Inn, un charmant hôtel ancien au centre de Fontainhas, le quartier portugais du centre ville. Nous y avons passé les deux derniers jours, appréciant le très joli mobilier, la discrète odeur de naphtaline et le moëlleux des serviettes de bain, après l’ensablement de notre bungalow de Agonda.
Au détour de Fontainhas, Rui a également rencontré quelques vieux « Goans portugais », avec qui il a pu prendre un café à l’ombre de l’arrière cour de la petite chapelle, le matin de notre départ.


Un retour difficile à Bulawayo (encore 36h de vol) :

Nous avons fait cette fois ci une escale de quelques heures dans un hôtel de Bombay. Je garde l’image terrifiante de cette pauvre femme, portant un bébé crasseux et endormi sur l’épaule, faisant à travers la vitre du taxi des signes muets à Rui qui l’ignore tandis que Rafaël lui répond avec enthousiasme : entre ces deux enfants et la vie qu’ils mèneront, quel monde de différences et quelle injustice !
A l’hôtel, un CNN indien nous distille à grands renfort d’info-spectacle les nouvelles de l’attaque israélienne à Gaza : tout ça pour nous rappeler, au retour des cocotiers et en partance pour le Zimbabwe, comme ce monde va sens dessus dessous…

Les photos de Goa c’est ici.

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