
par maman Lesage
Tout notre voyage (du 8 au 26 mai 2008) fut jalonné de ? ? ?
La première surprise nous attendait à l’aéroport de Johannesburg. Nous n’avions pas été avertis à temps que l’horaire de notre transfert vers Bulawayo avait été modifié; résultat: l’avion est parti sans nous, qui l’observions sans comprendre depuis les fenêtres de l’aéroport après l'avoir attendu toute la journée. Nous finîmes par avoir une explication: Zimbabwe Airlines avait supprimé l’escale vers Victoria Falls puisqu’il n’y a plus assez de touristes pour aller voir les chutes du Zambèze. Discussions pour savoir qui était responsable (nous, notre agence, Air France, Zimbabwe Air Lines, l’aéroport. … ?) . Il semble que ce soit la ligne du pays le plus déficitaire qui paiera: on nous offre une nuit à Joburg ; nous nous attendons à un hôtel minable mais on nous transfère dans un complexe de luxe avec un dîner de grande classe et un breakfast comme nous n’en avons jamais eu… de quoi oublier que nos retrouvailles avec Agnès, Rui et Rafael seraient retardées d’un jour.
A Bulawayo, la première surprise fut de trouver un petit Rafael encore plus beau que sur les photos ; il ressemble plutôt à son père; pas sauvage du tout, il accepte nos bras et nous tombons sous le charme de ses yeux : il est le plus africain de nos petits enfants et le seul qui ait les yeux vraiment bleus ! Combien de probabilités génétiques y avait-il à cela ?
Puis c’est la visite de la maison de Rui et Agnès. Quel contraste avec les 40 m2 de la rue de Clignancourt «qui tiendraient largement dans la seule cuisine »… On y perd un peu le nord dans les couloirs, les portes et les trois terrasses.
Connaissant par la presse et le métier de Rui la pénurie alimentaires du pays, nous nous attendions à de maigres repas et une cuisine rudimentaire. C’était sans compter avec les provisions prévues par Agnés avant notre arrivée et les talents culinaires de Jennifer et de Gogo qui rivalisent dans la confection de sauces et vont jusqu’à préparer à la fois du riz pour Rui et des patates pour Alain (que les hommes sont difficiles !). Jennifer avait envie d’apprendre de nouvelles recettes de cuisine ; avec les ingrédients du coin je n’ai pu que lui enseigner celle de la blanquette. Il a fallu toutefois se passer le plus souvent de serviettes, de fromage et surtout de pain, ce qui est tout un art pour des français (en fait, ce régime a fait du bien à ma ligne et je vais tenter de le poursuivre en France). Pourtant on me dit que le Zimbabwe était le « bread-basket » de l’Afrique australe. Alors, pourquoi n’est-ce plus le cas ? Les Anglais et Mugabe se renvoient la balle et Rui avec le PAM compte les points en distribuant de la farine de maïs !
Les températures n’ont pas non plus été celles que nous attendions dans ce pays tropical. Pourtant en géographe, j’aurais dû les calculer non pas en fonction de la latitude (20° Sud) mais en fonction de l’altitude(1357 mm ) et de la longueur des jours en cette saison hivernale. En outre, je n’avais pas imaginé une maison si bien conçue pour lutter contre la chaleur estivale qu’on peut aussi y avoir froid l’hiver! Je n’avais apporté à Agnés et pour moi que des robes d’été. J’ai souvent superposé des pulls et Alain n’a guère quitté son foulard. Je n’ai pas eu le courage de me plonger dans la piscine claire, profonde mais glaciale même après une journée chaude. Rui au contraire y plonge Rafael pour l’aguerrir et cela marche puisqu’il n’y attrape pas de «rhumes Lesage ». Il a donc fallu venir ici pour avoir droit à de belles soirées au coin du feu de cheminée. Avec une bougie pour nous éclairer lors des coupures d’électricité, c’était encore plus romantique. Et le jour, la température et la pureté du ciel étaient idéales : pas un brouillard, pas une goutte de pluie.
Promenade en ville. Je m’attendais à voir la misère ; or je vois des gens avec des tenues soignées, aucun mendiant, des enfants allant à l’école dans des uniformes impeccables, les rues propres, la circulation policée. Les faubourgs traversés ont de vastes maisons ; leurs jardins sont bordés de murs souvent recouverts de magnifiques fleurs rouges de bougainvillées. Même l’espace entre le mur et la route est soigné, tondu, arrosé et orné de plantes grasses.
Mais où est donc la misère tant annoncée? Elle se cache là où je ne l’attendais pas. Dans les magasins d’abord.
- Premier libre service ; les rayons sont aux trois quarts vides ; cependant, à la caisse un panneau nous avertit que la direction se réserve le droit de «limiter le nombre d’articles si cela est jugé nécessaire » ! Voilà ce que les écolos français pourraient suggérer aux hypers français !
- Deuxième visite cachée dans une banlieue huppée ; au fond d’un magnifique jardin se tiennent deux jeunes femmes de type nordique qui proposent un choix de produits que l’on ne trouve nulle part ailleurs ; d’où cela vient-il ? Agnés n’y trouve quand même pas l’ersatz de Nutella dont elle rêve et elle leur demande d’en trouver ; par quelle voie sans doute de marché noir ?
- Autre libre-service mieux achalandé. Par bonheur il y a du beurre ; alors, malgré le prix qui lui paraît exorbitant (1,9 milliards de dollars), Agnés en achète deux paquets ; mais quand elle veut payer avec sa carte visa, la machine le lui refuse car elle ne peut entrer autant de zéros ! Alors elle n’achète qu’un paquet.
- Visite à la boulangerie ; impossible de trouver du pain ordinaire car il disparaît aussitôt sorti du four. Alors on ne trouve que des petits pains de luxe, plus chers et d’ailleurs pas très bons. Le pain ordinaire est-il subventionné ou son prix est-il limité autoritairement ? Mais qui a dit que si l’on n’a pas de pain on peut manger de la brioche ?
Bon, j’ai au moins compris pourquoi Agnés avait besoin de personnel pour avoir le temps pour faire ses courses.
Il faut aussi du temps pour changer de l’argent. Alain n’ayant pas voulu trop changer d’argent le jour de notre arrivée de peur d’une dévaluation pendant notre séjour, je suis allée à la banque au milieu du séjour ; j’ai attendu 2 heures et demi, juste le temps pour Agnès de faire corriger un chèque mal libellé. C’est long car il n’y a pas de machine pour compter les billets. On vous en donne tant que vous avez l’impression d’être riche; L’employé de banque est même si honnête qu’il vous donne le chiffre exact avec des billets de 50 000 et 100 000 en vous prévenant qu’ils ne vous serviront à rien car le plus petit achat coûtera davantage (un pourboire au gardien de parking est au moins de 50 millions)….Moi, après cela, j’étais prête à tout changer d’un coup car même si nos «zims» se sont dévalués de moitié pendant notre séjour, cela n’a aucune mesure avec l’inflation de 1 000 000 000 % par an que subissent en ce moment les habitants du pays.
Non je ne me suis pas trompée de zéros en écrivant cela mais habituellement je me perdais tellement dans tous ces zéros que je confiais mon sac à Agnés pour qu’elle puise dedans. Quand j’achetais un petit souvenir à plusieurs dizaines de millions de « zims » elle me rassurait en me disant que cela ne faisait que quelques centimes d'euros; aussi je devrais avoir honte d’avoir trouvé chers des objets vendus par des organisations de femmes handicapées, qui ne savaient pas changer leurs prix assez souvent. Nous sommes allés chez un particulier plus malin qui vendait ses produits artisanaux en les étiquetant en dollars américains et lorsqu’on passait à la caisse, il les traduisait en dollars zimbabwéens avec le cours du jour.
Au sujet du change il y a pourtant eu un gros changement lors de notre séjour : les taux du change officiel et du change au noir ont été subitement alignés; mais pourquoi ? Agnés, Rui ; une journaliste et un membre de MSF rencontrés lors de notre séjour en ont longuement et passionnément discuté. Je n’ai pas bien compris leurs discussions en anglais mais j’ai compris qu’ils avançaient quatre hypothèses différentes ; par exemple : cela permettrait peut-être à l’Etat de lever des taxes nouvelles sur des transactions plus visibles ou encore Mugabe se sentirait tellement perdu qu’il ferait n’importe quoi, y compris l’inverse de la politique précédente… Bref, même pour eux la conduite de ce pays est incompréhensible, alors, vous pensez, pour nous, ce n’est qu’un mystère supplémentaire !
La misère, je l’ai aussi respirée lorsque Agnès m’a menée dans la zone industrielle où Rui a ses bureaux . Au milieu des poussières émises par une centrale thermique sans doute bien vieille, des usines délabrées marchant au ralenti, des gens mangeant sur le bord de la route - ils gagnent à peine 1 dollar par jour, sadza comprise, et doivent encore payer le transport - un atelier de cordonnier dans une pièce minuscule et sombre, avec 3 ou 4 personnes qui attendent que la lumière revienne pour travailler. Cette ville autrefois industrieuse ne produit plus grand chose. Agnés ne peut y trouver un matelas d’enfant, un casque ou des rétroviseurs pour sa moto ; on les lui poserait bien mais il faudrait qu’elle les apporte ; il faudrait les trouver en Afrique du Sud mais le garage ne le fera pas faute de devises… Il y a heureusement le système D qu’Agnès a bien intégré ; par exemple elle a fait faire des meubles en osier par des vanneurs rencontrés sur le bord de la route, et a même fait des plans avec Alain pour lui faire construire une barrière qui évitera à Rafael de tomber dans la piscine.
La crise s’étale aussi dans les jardins publics, probablement anglais à l’origine; on en voit de beaux restes dans le Parc du Centenaire au cœur de la ville. Ce n’est plus entretenu car la ville est en faillite; les buissons envahissent les parterres, les balançoires sont rouillées… , cela n’empêche pas les jeunes mariés de venir s’y faire photographier. Dans un jardin aux portes de la ville réputé pour ses aloès géants, la vue du belvédère encore aménagé est bouchée par la végétation folle du premier plan ; pourtant les membres d’un club viennent encore y faire des barbecues le samedi…
Ce qui m’a le plus navrée en tant qu’ancien professeur c’est la situation de l’éducation. Le pays était autrefois très bien éduqué, formant à toutes sortes de métiers dans des universités fréquentées par des Africains de toute la région; c’est ainsi qu’aujourd’hui beaucoup d’avocats, médecins etc. ont pu trouver des emplois en Afrique du Sud .
En parlant au fils de Jennifer (17 ans), j’ai compris à quel point le système des écoles publiques était ruiné ; les enseignants, considérés comme hostiles à Mugabe, n’y sont plus payés si bien qu’ils sont perpétuellement en grève. L’examen de fin d’études a donné dans son école publique un taux de 3 % de réussite, taux qu’il ne comprend d’ailleurs pas puisque les profs ne l’ont pas corrigé ( mais ont peut-être été achetés ?) . Autre mystère: pourquoi alors ces enfants en uniformes ? Ils vont pour la plupart dans des écoles privées, payantes. Là, on peut passer d’autres examens corrigés à Cambridge et permettant de faire des études ailleurs qu’au Zimbabwe ; mais ces examens coûteraient à ce gamin autant que les 8 mois de salaire de sa mère nounou ; alors Jennifer, veuve avec 4 enfants, a fait appel à une ONG mais celle-ci n’accepte pas l’échec… Comment un pays pourra-t-il se relever avec un tel déficit dans sa jeunesse ?
La culture n’est pourtant pas absente de ce pays ; nous avons vu à Bulawayo un musée digne de comparaison avec le Musée d’histoire naturelle du Jardin des plantes et un festival de musique classique avec de bons artistes ; il est vrai que dans le premier il y avait plus de gardiens que de visiteurs et que dans le second il n’y avait guère que des blancs, surtout des femmes aux cheveux blancs ; la retraite est ici plus douce qu’en Angleterre. Dans un autre musée de la ville, le bibliothécaire a eu tout loisir pour montrer à Alain un livre très bien fait sur la sculpture moderne au Zimbabwe ; nous avons d’ailleurs pu admirer de belles œuvres vivantes et originales taillées dans la serpentine locale en d’autres lieux. N’oublions pas l’Alliance française qui diffuse des livres et films et nous avons pu mesurer ainsi les immenses progrès de Rui qui en suit les activités. En dépit de quelques anglicismes, il se fait maintenant très bien comprendre et il nous a « permanentement » exposé la situation, en français bien développé, ce que nous avons fort apprécié.
Les randonnées magnifiquement organisées par Rui et Agnès nous ont aussi apporté leur lot de surprises .
- Premier dimanche dans le parc des Matopos. Pique-nique auprès d’un lac paisible digne d’ « Out of Africa » avec nappe et verres à pied ; puis c’est la montée à travers de grandes boules de granit, au sommet de la colline la plus haute vers le tombeau de Cecil Rhodes, « the world’s view ». Il avait lui-même choisi cet endroit pour sa beauté empreinte de spiritualité. Il est bien étonnant de voir ce pays actuellement encore hostile à l’Angleterre , l’accusant d’être à l’origine de toute sa misère, respecter cette tombe pieusement gardée par une association , et à côté de la tombe des sculptures monumentales dans un style bien pompeux, vantant sans vergogne les batailles de Rhodes contre les ndebeles et la colonisation ! Reconnaîtrait-on donc ici « les effets positifs de la colonisation » ?
- Deuxième long week-end en se dirigeant vers Victoria Falls. Nous traversons le pays sur plus de 400 Km sans difficulté puisque les barrages de police laissent passer la voiture du PAM assimilée à une voiture diplomatique. La route est bonne et sûre ; il y a très peu de circulation ; beaucoup de forêts. Je pensais voir des paysans ; je ne sais pas où sont les champs, on aperçoit parfois des cases aux toits de chaumes mais pas d’arbres fruitiers ( pourquoi si peu de fruits dans ce pays ?), quelques vaches errantes ; on ne voit pas d’espaces exploités mais parfois des gens attendant je ne sais quoi sur le bord de la route ou qui portent sur leur tête de gros sacs ou même des valises ; aucune ville sur ce parcours mais quelques passages à niveau, quelques stations d’essence avec quelques bicoques assez moches.
Etape d’une nuit à Ivory Lodge ; là, tout est serein, beau, de bon goût ; lodge tenu par un jeune blanc ; apéritif dans des transats prés de la piscine. Presque personne dans la belle salle à manger ; surprise : rencontre avec des humanitaires de MSF connus de Agnés et Rui ; ne seraient-ils pas désormais les seuls touristes possibles dans ce pays ? En tous cas c’est très intéressant de les entendre partager leurs motivations ; cela ressemblerait presque à un séminaire informel !
On nous indique nos lodges dans de belles cabanes en bois sur pilotis. Il y a des moustiquaires mais pas de moustiques . Je réaliserai un peu tard que nous avons fait des frais de traitement anti- paludéen pour rien. Agnés et Rui n’en ont pas pris et Agnés a souvent oublié de le donner à Rafael .Vue merveilleuse à partir de ces lodges sur un petit lac où viennent s’abreuver successivement gracieux impalas, zèbres et enfin lents éléphants ; nous avons cru détecter un chacal et les appareils de photo s’en sont donné à cœur joie. Le lendemain , lever à 5 heures pour partir avec un guide dans une voiture ouverte à tous les vents dans le parc naturel de Hwange . Malgré les couvertures fournies Agnés y a attrapé un rhume bien Lesage car elle allaitait en même temps Rafael ; alors que nous , nous nous arrêtions pour apercevoir - d’assez loin, rassurez-vous - des lions, et toutes sortes d’animaux. Moi qui ne me suis jamais beaucoup intéressée aux animaux, j’avais subitement trente-six interrogations à leur sujet. Je suis toutefois un peu choquée de voir 60 personnes employées par une ONG dans une nurserie pour « painted wolfs » , une espèce de loups en voie de disparition ; en fait- on autant pour les orphelins du Sida ( 20 % de la population en est atteinte) ?
Après un bon breakfast pris à midi, nous reprenons la route pour Vic Falls. Ici le lodge encore plus confortable comprend une cuisine aménagée avec tous les appareils modernes imaginables ; mais lorsque nous voulons acheter des vivres pour nous nourrir, nous ne trouvons rien dans cette ville pourtant très touristique et cossue d’apparence. Alors, nous allons au restaurant ; nous n’avons que l’embarras du choix ; Alain et moi nous approchons du plus réputé de l’ensemble et voyons une armée de serveurs et d’employés en rangs au garde à vous pour un briefing ; personne dans le restaurant ; ayant peur d’y être assaillis, nous nous dirigeons vers un autre.
Le lendemain c’est le clou du voyage : les chutes du Zambèze: impressionnantes, indescriptibles, même avec les photos d’Agnès; je vous invite donc à y aller vous-même si Agnès et Rui vous le proposent ; Alain les compare avec celles du Niagara et trouve celles du Zambèze bien plus belles, pas abîmées par la main de l’ homme… Nous en revenons trempés mais heureux , si trempés que nous n’avons pas pu prendre la photo de Rafael dans un arc-en-ciel, que nous avait commandée Agnés (restée au chaud dans le lodge avec son rhume).
Alors Rui a voulu prolonger la visite en nous faisant passer de l’autre côté des chutes, en Zambie, après la traversée d’un pont au-dessus des gorges qui succèdent aux chutes. Ce fut une équipée incroyable: nous, trempés, respirant les gaz d’échappement d’une file interminable d’immenses camions à remorque en attente du passage de la douane, Rafael hurlant dans sa poussette cahotante sur une route criblée de trous et de flaques, le passage à la première douane pour avoir un laisser-passer (on y voit un douanier jouant aux cartes sur son ordinateur tandis que les camionneurs doivent bien attendre une journée entière ce passage) . Bon, on a traversé ce fameux pont vertigineux et enjambé une voie ferrée mais on a dû renoncer à aller jusqu’en Zambie. Cela s’est terminé par un repas de bouillie froide administrée sur le comptoir de la deuxième douane à un Rafael enfin un peu rasséréné ! Retour dans l’autre sens plus calme ; des camionneurs s’abritent sous leur camion pour prendre leur repas ; mais au fait où vont ces camions lourdement chargés, de minéraux semble-t-il ? N’alimenteraient-ils pas les navires destinés à la Chine plutôt que les usines du Zimbabwe ?
- Dernier samedi dans un autre parc, celui d’ Antilope Park à 200 Km de Bulawayo; il y a paraît-il régulièrement des visiteurs car on y reçoit à grands frais des étudiants en environnement naturel étrangers. Ici, les lodges sont alimentés en eau chaude par des sortes de fours à bois extérieurs à un groupe de logements; c’est très joli, sur un lac et avec des pelouses arrosées vertes . Au buffet, les portions sont un peu justes; mais comment s’en plaindre à la serveuse en attendant indéfiniment le dessert alors qu’elle confie qu’ « ils souffrent trop ». Elle dit qu’elle prie beaucoup pour que cela change; je n’ose pas suggérer qu’il faudrait surtout aller voter (apparemment cela ne suffit pas non plus).
Promenade à pied dans la savane avec un guide ; il nous explique qu’un bushman ne mourra jamais de faim dans la nature car il sait tout y trouver; mais apparemment tous les Africains ne sont pas des bushmen ! Sa science sur les animaux est, il est vrai, impressionnante.
Enfin, apprenant que notre dernier jour tombe le jour de la fête des mères – en France- , après un déjeuner où Jennifer s’est surpassée, Rui nous dissuade d’aller écouter de la musique occidentale au Festival de musique et nous invite à prendre un thé dans un endroit surprenant proche de Bulawayo , Nebitt Castel. Un vrai château, style Tudor dans un jardin aux arbres majestueux, des fontaines, des pelouses à l’anglaise ; du personnel stylé nous fait visiter l’intérieur avec ses suites princières, ses salles de trophées, d’armures…. les cuivres étincellent ; nous y sommes seuls. Origine d’une telle fortune ? « Construit vers 1900 par le maire de Bulawayo » ; mais encore ? « Directeur d’une compagnie minière » : je comprends mieux ! Mais aujourd’hui comment peuvent-ils entretenir si bien ce manoir avec tant de personnel et aucun client ?- « Il y a de temps en temps des mariages de zimbabwéens… de la diaspora »; il y a donc de beaux restes dans ce pays et des émigrés providentiels pour entretenir une « sleeping beauty ».
C’est la fin du voyage. Adieux à notre petit Rafael que nous ne reverrons sans doute pas avant un an …mais maintenant nous imaginons mieux la vie d’Agnés, Rafael et Rui et gardons dans notre cœur des images encore plus lumineuses que celles de ces photos. Moi qui ai peu de mémoire, je vais essayer de garder en moi les plus belles: Rafael battant des mains en voyant son père arriver; nos conversations éclairées par une bougie et le feu de bois; Rafael nous arrosant toutes deux en agitant ses pieds dans sa baignoire devenue trop petite, Jennifer faisant la cuisine avec le petit ronronnant sur son dos ("bamboula"), Agnès trafiquant pour installer les petits appareils électroniques que nous lui avons apportés, Rafael commençant à ramper sur sa nouvelle natte sans parvenir à atteindre les jouets qu'insidieusement nous éloignons de lui, ... et bien sûr toutes les images fixées sur la pellicule.
Nous restons avec quelques points d’interrogation , dont celui des résultats des prochaines élections en espérant des changements positifs pour les habitants de ce beau pays (etc.)
En nous voyant revenir en bonne forme, nos amis meudonnais qui ont suivi pour nous les nouvelles alarmistes sur les violences électorales au Zimbabwe et racistes en Afrique du Sud expriment la surprise ultime : nous n’avons donc pas été mangés par les Zoulous?
Tout notre voyage (du 8 au 26 mai 2008) fut jalonné de ? ? ?
La première surprise nous attendait à l’aéroport de Johannesburg. Nous n’avions pas été avertis à temps que l’horaire de notre transfert vers Bulawayo avait été modifié; résultat: l’avion est parti sans nous, qui l’observions sans comprendre depuis les fenêtres de l’aéroport après l'avoir attendu toute la journée. Nous finîmes par avoir une explication: Zimbabwe Airlines avait supprimé l’escale vers Victoria Falls puisqu’il n’y a plus assez de touristes pour aller voir les chutes du Zambèze. Discussions pour savoir qui était responsable (nous, notre agence, Air France, Zimbabwe Air Lines, l’aéroport. … ?) . Il semble que ce soit la ligne du pays le plus déficitaire qui paiera: on nous offre une nuit à Joburg ; nous nous attendons à un hôtel minable mais on nous transfère dans un complexe de luxe avec un dîner de grande classe et un breakfast comme nous n’en avons jamais eu… de quoi oublier que nos retrouvailles avec Agnès, Rui et Rafael seraient retardées d’un jour.
A Bulawayo, la première surprise fut de trouver un petit Rafael encore plus beau que sur les photos ; il ressemble plutôt à son père; pas sauvage du tout, il accepte nos bras et nous tombons sous le charme de ses yeux : il est le plus africain de nos petits enfants et le seul qui ait les yeux vraiment bleus ! Combien de probabilités génétiques y avait-il à cela ?
Puis c’est la visite de la maison de Rui et Agnès. Quel contraste avec les 40 m2 de la rue de Clignancourt «qui tiendraient largement dans la seule cuisine »… On y perd un peu le nord dans les couloirs, les portes et les trois terrasses.
Connaissant par la presse et le métier de Rui la pénurie alimentaires du pays, nous nous attendions à de maigres repas et une cuisine rudimentaire. C’était sans compter avec les provisions prévues par Agnés avant notre arrivée et les talents culinaires de Jennifer et de Gogo qui rivalisent dans la confection de sauces et vont jusqu’à préparer à la fois du riz pour Rui et des patates pour Alain (que les hommes sont difficiles !). Jennifer avait envie d’apprendre de nouvelles recettes de cuisine ; avec les ingrédients du coin je n’ai pu que lui enseigner celle de la blanquette. Il a fallu toutefois se passer le plus souvent de serviettes, de fromage et surtout de pain, ce qui est tout un art pour des français (en fait, ce régime a fait du bien à ma ligne et je vais tenter de le poursuivre en France). Pourtant on me dit que le Zimbabwe était le « bread-basket » de l’Afrique australe. Alors, pourquoi n’est-ce plus le cas ? Les Anglais et Mugabe se renvoient la balle et Rui avec le PAM compte les points en distribuant de la farine de maïs !
Les températures n’ont pas non plus été celles que nous attendions dans ce pays tropical. Pourtant en géographe, j’aurais dû les calculer non pas en fonction de la latitude (20° Sud) mais en fonction de l’altitude(1357 mm ) et de la longueur des jours en cette saison hivernale. En outre, je n’avais pas imaginé une maison si bien conçue pour lutter contre la chaleur estivale qu’on peut aussi y avoir froid l’hiver! Je n’avais apporté à Agnés et pour moi que des robes d’été. J’ai souvent superposé des pulls et Alain n’a guère quitté son foulard. Je n’ai pas eu le courage de me plonger dans la piscine claire, profonde mais glaciale même après une journée chaude. Rui au contraire y plonge Rafael pour l’aguerrir et cela marche puisqu’il n’y attrape pas de «rhumes Lesage ». Il a donc fallu venir ici pour avoir droit à de belles soirées au coin du feu de cheminée. Avec une bougie pour nous éclairer lors des coupures d’électricité, c’était encore plus romantique. Et le jour, la température et la pureté du ciel étaient idéales : pas un brouillard, pas une goutte de pluie.
Promenade en ville. Je m’attendais à voir la misère ; or je vois des gens avec des tenues soignées, aucun mendiant, des enfants allant à l’école dans des uniformes impeccables, les rues propres, la circulation policée. Les faubourgs traversés ont de vastes maisons ; leurs jardins sont bordés de murs souvent recouverts de magnifiques fleurs rouges de bougainvillées. Même l’espace entre le mur et la route est soigné, tondu, arrosé et orné de plantes grasses.
Mais où est donc la misère tant annoncée? Elle se cache là où je ne l’attendais pas. Dans les magasins d’abord.
- Premier libre service ; les rayons sont aux trois quarts vides ; cependant, à la caisse un panneau nous avertit que la direction se réserve le droit de «limiter le nombre d’articles si cela est jugé nécessaire » ! Voilà ce que les écolos français pourraient suggérer aux hypers français !
- Deuxième visite cachée dans une banlieue huppée ; au fond d’un magnifique jardin se tiennent deux jeunes femmes de type nordique qui proposent un choix de produits que l’on ne trouve nulle part ailleurs ; d’où cela vient-il ? Agnés n’y trouve quand même pas l’ersatz de Nutella dont elle rêve et elle leur demande d’en trouver ; par quelle voie sans doute de marché noir ?
- Autre libre-service mieux achalandé. Par bonheur il y a du beurre ; alors, malgré le prix qui lui paraît exorbitant (1,9 milliards de dollars), Agnés en achète deux paquets ; mais quand elle veut payer avec sa carte visa, la machine le lui refuse car elle ne peut entrer autant de zéros ! Alors elle n’achète qu’un paquet.
- Visite à la boulangerie ; impossible de trouver du pain ordinaire car il disparaît aussitôt sorti du four. Alors on ne trouve que des petits pains de luxe, plus chers et d’ailleurs pas très bons. Le pain ordinaire est-il subventionné ou son prix est-il limité autoritairement ? Mais qui a dit que si l’on n’a pas de pain on peut manger de la brioche ?
Bon, j’ai au moins compris pourquoi Agnés avait besoin de personnel pour avoir le temps pour faire ses courses.
Il faut aussi du temps pour changer de l’argent. Alain n’ayant pas voulu trop changer d’argent le jour de notre arrivée de peur d’une dévaluation pendant notre séjour, je suis allée à la banque au milieu du séjour ; j’ai attendu 2 heures et demi, juste le temps pour Agnès de faire corriger un chèque mal libellé. C’est long car il n’y a pas de machine pour compter les billets. On vous en donne tant que vous avez l’impression d’être riche; L’employé de banque est même si honnête qu’il vous donne le chiffre exact avec des billets de 50 000 et 100 000 en vous prévenant qu’ils ne vous serviront à rien car le plus petit achat coûtera davantage (un pourboire au gardien de parking est au moins de 50 millions)….Moi, après cela, j’étais prête à tout changer d’un coup car même si nos «zims» se sont dévalués de moitié pendant notre séjour, cela n’a aucune mesure avec l’inflation de 1 000 000 000 % par an que subissent en ce moment les habitants du pays.
Non je ne me suis pas trompée de zéros en écrivant cela mais habituellement je me perdais tellement dans tous ces zéros que je confiais mon sac à Agnés pour qu’elle puise dedans. Quand j’achetais un petit souvenir à plusieurs dizaines de millions de « zims » elle me rassurait en me disant que cela ne faisait que quelques centimes d'euros; aussi je devrais avoir honte d’avoir trouvé chers des objets vendus par des organisations de femmes handicapées, qui ne savaient pas changer leurs prix assez souvent. Nous sommes allés chez un particulier plus malin qui vendait ses produits artisanaux en les étiquetant en dollars américains et lorsqu’on passait à la caisse, il les traduisait en dollars zimbabwéens avec le cours du jour.
Au sujet du change il y a pourtant eu un gros changement lors de notre séjour : les taux du change officiel et du change au noir ont été subitement alignés; mais pourquoi ? Agnés, Rui ; une journaliste et un membre de MSF rencontrés lors de notre séjour en ont longuement et passionnément discuté. Je n’ai pas bien compris leurs discussions en anglais mais j’ai compris qu’ils avançaient quatre hypothèses différentes ; par exemple : cela permettrait peut-être à l’Etat de lever des taxes nouvelles sur des transactions plus visibles ou encore Mugabe se sentirait tellement perdu qu’il ferait n’importe quoi, y compris l’inverse de la politique précédente… Bref, même pour eux la conduite de ce pays est incompréhensible, alors, vous pensez, pour nous, ce n’est qu’un mystère supplémentaire !
La misère, je l’ai aussi respirée lorsque Agnès m’a menée dans la zone industrielle où Rui a ses bureaux . Au milieu des poussières émises par une centrale thermique sans doute bien vieille, des usines délabrées marchant au ralenti, des gens mangeant sur le bord de la route - ils gagnent à peine 1 dollar par jour, sadza comprise, et doivent encore payer le transport - un atelier de cordonnier dans une pièce minuscule et sombre, avec 3 ou 4 personnes qui attendent que la lumière revienne pour travailler. Cette ville autrefois industrieuse ne produit plus grand chose. Agnés ne peut y trouver un matelas d’enfant, un casque ou des rétroviseurs pour sa moto ; on les lui poserait bien mais il faudrait qu’elle les apporte ; il faudrait les trouver en Afrique du Sud mais le garage ne le fera pas faute de devises… Il y a heureusement le système D qu’Agnès a bien intégré ; par exemple elle a fait faire des meubles en osier par des vanneurs rencontrés sur le bord de la route, et a même fait des plans avec Alain pour lui faire construire une barrière qui évitera à Rafael de tomber dans la piscine.
La crise s’étale aussi dans les jardins publics, probablement anglais à l’origine; on en voit de beaux restes dans le Parc du Centenaire au cœur de la ville. Ce n’est plus entretenu car la ville est en faillite; les buissons envahissent les parterres, les balançoires sont rouillées… , cela n’empêche pas les jeunes mariés de venir s’y faire photographier. Dans un jardin aux portes de la ville réputé pour ses aloès géants, la vue du belvédère encore aménagé est bouchée par la végétation folle du premier plan ; pourtant les membres d’un club viennent encore y faire des barbecues le samedi…
Ce qui m’a le plus navrée en tant qu’ancien professeur c’est la situation de l’éducation. Le pays était autrefois très bien éduqué, formant à toutes sortes de métiers dans des universités fréquentées par des Africains de toute la région; c’est ainsi qu’aujourd’hui beaucoup d’avocats, médecins etc. ont pu trouver des emplois en Afrique du Sud .
En parlant au fils de Jennifer (17 ans), j’ai compris à quel point le système des écoles publiques était ruiné ; les enseignants, considérés comme hostiles à Mugabe, n’y sont plus payés si bien qu’ils sont perpétuellement en grève. L’examen de fin d’études a donné dans son école publique un taux de 3 % de réussite, taux qu’il ne comprend d’ailleurs pas puisque les profs ne l’ont pas corrigé ( mais ont peut-être été achetés ?) . Autre mystère: pourquoi alors ces enfants en uniformes ? Ils vont pour la plupart dans des écoles privées, payantes. Là, on peut passer d’autres examens corrigés à Cambridge et permettant de faire des études ailleurs qu’au Zimbabwe ; mais ces examens coûteraient à ce gamin autant que les 8 mois de salaire de sa mère nounou ; alors Jennifer, veuve avec 4 enfants, a fait appel à une ONG mais celle-ci n’accepte pas l’échec… Comment un pays pourra-t-il se relever avec un tel déficit dans sa jeunesse ?
La culture n’est pourtant pas absente de ce pays ; nous avons vu à Bulawayo un musée digne de comparaison avec le Musée d’histoire naturelle du Jardin des plantes et un festival de musique classique avec de bons artistes ; il est vrai que dans le premier il y avait plus de gardiens que de visiteurs et que dans le second il n’y avait guère que des blancs, surtout des femmes aux cheveux blancs ; la retraite est ici plus douce qu’en Angleterre. Dans un autre musée de la ville, le bibliothécaire a eu tout loisir pour montrer à Alain un livre très bien fait sur la sculpture moderne au Zimbabwe ; nous avons d’ailleurs pu admirer de belles œuvres vivantes et originales taillées dans la serpentine locale en d’autres lieux. N’oublions pas l’Alliance française qui diffuse des livres et films et nous avons pu mesurer ainsi les immenses progrès de Rui qui en suit les activités. En dépit de quelques anglicismes, il se fait maintenant très bien comprendre et il nous a « permanentement » exposé la situation, en français bien développé, ce que nous avons fort apprécié.
Les randonnées magnifiquement organisées par Rui et Agnès nous ont aussi apporté leur lot de surprises .
- Premier dimanche dans le parc des Matopos. Pique-nique auprès d’un lac paisible digne d’ « Out of Africa » avec nappe et verres à pied ; puis c’est la montée à travers de grandes boules de granit, au sommet de la colline la plus haute vers le tombeau de Cecil Rhodes, « the world’s view ». Il avait lui-même choisi cet endroit pour sa beauté empreinte de spiritualité. Il est bien étonnant de voir ce pays actuellement encore hostile à l’Angleterre , l’accusant d’être à l’origine de toute sa misère, respecter cette tombe pieusement gardée par une association , et à côté de la tombe des sculptures monumentales dans un style bien pompeux, vantant sans vergogne les batailles de Rhodes contre les ndebeles et la colonisation ! Reconnaîtrait-on donc ici « les effets positifs de la colonisation » ?
- Deuxième long week-end en se dirigeant vers Victoria Falls. Nous traversons le pays sur plus de 400 Km sans difficulté puisque les barrages de police laissent passer la voiture du PAM assimilée à une voiture diplomatique. La route est bonne et sûre ; il y a très peu de circulation ; beaucoup de forêts. Je pensais voir des paysans ; je ne sais pas où sont les champs, on aperçoit parfois des cases aux toits de chaumes mais pas d’arbres fruitiers ( pourquoi si peu de fruits dans ce pays ?), quelques vaches errantes ; on ne voit pas d’espaces exploités mais parfois des gens attendant je ne sais quoi sur le bord de la route ou qui portent sur leur tête de gros sacs ou même des valises ; aucune ville sur ce parcours mais quelques passages à niveau, quelques stations d’essence avec quelques bicoques assez moches.
Etape d’une nuit à Ivory Lodge ; là, tout est serein, beau, de bon goût ; lodge tenu par un jeune blanc ; apéritif dans des transats prés de la piscine. Presque personne dans la belle salle à manger ; surprise : rencontre avec des humanitaires de MSF connus de Agnés et Rui ; ne seraient-ils pas désormais les seuls touristes possibles dans ce pays ? En tous cas c’est très intéressant de les entendre partager leurs motivations ; cela ressemblerait presque à un séminaire informel !
On nous indique nos lodges dans de belles cabanes en bois sur pilotis. Il y a des moustiquaires mais pas de moustiques . Je réaliserai un peu tard que nous avons fait des frais de traitement anti- paludéen pour rien. Agnés et Rui n’en ont pas pris et Agnés a souvent oublié de le donner à Rafael .Vue merveilleuse à partir de ces lodges sur un petit lac où viennent s’abreuver successivement gracieux impalas, zèbres et enfin lents éléphants ; nous avons cru détecter un chacal et les appareils de photo s’en sont donné à cœur joie. Le lendemain , lever à 5 heures pour partir avec un guide dans une voiture ouverte à tous les vents dans le parc naturel de Hwange . Malgré les couvertures fournies Agnés y a attrapé un rhume bien Lesage car elle allaitait en même temps Rafael ; alors que nous , nous nous arrêtions pour apercevoir - d’assez loin, rassurez-vous - des lions, et toutes sortes d’animaux. Moi qui ne me suis jamais beaucoup intéressée aux animaux, j’avais subitement trente-six interrogations à leur sujet. Je suis toutefois un peu choquée de voir 60 personnes employées par une ONG dans une nurserie pour « painted wolfs » , une espèce de loups en voie de disparition ; en fait- on autant pour les orphelins du Sida ( 20 % de la population en est atteinte) ?
Après un bon breakfast pris à midi, nous reprenons la route pour Vic Falls. Ici le lodge encore plus confortable comprend une cuisine aménagée avec tous les appareils modernes imaginables ; mais lorsque nous voulons acheter des vivres pour nous nourrir, nous ne trouvons rien dans cette ville pourtant très touristique et cossue d’apparence. Alors, nous allons au restaurant ; nous n’avons que l’embarras du choix ; Alain et moi nous approchons du plus réputé de l’ensemble et voyons une armée de serveurs et d’employés en rangs au garde à vous pour un briefing ; personne dans le restaurant ; ayant peur d’y être assaillis, nous nous dirigeons vers un autre.
Le lendemain c’est le clou du voyage : les chutes du Zambèze: impressionnantes, indescriptibles, même avec les photos d’Agnès; je vous invite donc à y aller vous-même si Agnès et Rui vous le proposent ; Alain les compare avec celles du Niagara et trouve celles du Zambèze bien plus belles, pas abîmées par la main de l’ homme… Nous en revenons trempés mais heureux , si trempés que nous n’avons pas pu prendre la photo de Rafael dans un arc-en-ciel, que nous avait commandée Agnés (restée au chaud dans le lodge avec son rhume).
Alors Rui a voulu prolonger la visite en nous faisant passer de l’autre côté des chutes, en Zambie, après la traversée d’un pont au-dessus des gorges qui succèdent aux chutes. Ce fut une équipée incroyable: nous, trempés, respirant les gaz d’échappement d’une file interminable d’immenses camions à remorque en attente du passage de la douane, Rafael hurlant dans sa poussette cahotante sur une route criblée de trous et de flaques, le passage à la première douane pour avoir un laisser-passer (on y voit un douanier jouant aux cartes sur son ordinateur tandis que les camionneurs doivent bien attendre une journée entière ce passage) . Bon, on a traversé ce fameux pont vertigineux et enjambé une voie ferrée mais on a dû renoncer à aller jusqu’en Zambie. Cela s’est terminé par un repas de bouillie froide administrée sur le comptoir de la deuxième douane à un Rafael enfin un peu rasséréné ! Retour dans l’autre sens plus calme ; des camionneurs s’abritent sous leur camion pour prendre leur repas ; mais au fait où vont ces camions lourdement chargés, de minéraux semble-t-il ? N’alimenteraient-ils pas les navires destinés à la Chine plutôt que les usines du Zimbabwe ?
- Dernier samedi dans un autre parc, celui d’ Antilope Park à 200 Km de Bulawayo; il y a paraît-il régulièrement des visiteurs car on y reçoit à grands frais des étudiants en environnement naturel étrangers. Ici, les lodges sont alimentés en eau chaude par des sortes de fours à bois extérieurs à un groupe de logements; c’est très joli, sur un lac et avec des pelouses arrosées vertes . Au buffet, les portions sont un peu justes; mais comment s’en plaindre à la serveuse en attendant indéfiniment le dessert alors qu’elle confie qu’ « ils souffrent trop ». Elle dit qu’elle prie beaucoup pour que cela change; je n’ose pas suggérer qu’il faudrait surtout aller voter (apparemment cela ne suffit pas non plus).
Promenade à pied dans la savane avec un guide ; il nous explique qu’un bushman ne mourra jamais de faim dans la nature car il sait tout y trouver; mais apparemment tous les Africains ne sont pas des bushmen ! Sa science sur les animaux est, il est vrai, impressionnante.
Enfin, apprenant que notre dernier jour tombe le jour de la fête des mères – en France- , après un déjeuner où Jennifer s’est surpassée, Rui nous dissuade d’aller écouter de la musique occidentale au Festival de musique et nous invite à prendre un thé dans un endroit surprenant proche de Bulawayo , Nebitt Castel. Un vrai château, style Tudor dans un jardin aux arbres majestueux, des fontaines, des pelouses à l’anglaise ; du personnel stylé nous fait visiter l’intérieur avec ses suites princières, ses salles de trophées, d’armures…. les cuivres étincellent ; nous y sommes seuls. Origine d’une telle fortune ? « Construit vers 1900 par le maire de Bulawayo » ; mais encore ? « Directeur d’une compagnie minière » : je comprends mieux ! Mais aujourd’hui comment peuvent-ils entretenir si bien ce manoir avec tant de personnel et aucun client ?- « Il y a de temps en temps des mariages de zimbabwéens… de la diaspora »; il y a donc de beaux restes dans ce pays et des émigrés providentiels pour entretenir une « sleeping beauty ».
C’est la fin du voyage. Adieux à notre petit Rafael que nous ne reverrons sans doute pas avant un an …mais maintenant nous imaginons mieux la vie d’Agnés, Rafael et Rui et gardons dans notre cœur des images encore plus lumineuses que celles de ces photos. Moi qui ai peu de mémoire, je vais essayer de garder en moi les plus belles: Rafael battant des mains en voyant son père arriver; nos conversations éclairées par une bougie et le feu de bois; Rafael nous arrosant toutes deux en agitant ses pieds dans sa baignoire devenue trop petite, Jennifer faisant la cuisine avec le petit ronronnant sur son dos ("bamboula"), Agnès trafiquant pour installer les petits appareils électroniques que nous lui avons apportés, Rafael commençant à ramper sur sa nouvelle natte sans parvenir à atteindre les jouets qu'insidieusement nous éloignons de lui, ... et bien sûr toutes les images fixées sur la pellicule.
Nous restons avec quelques points d’interrogation , dont celui des résultats des prochaines élections en espérant des changements positifs pour les habitants de ce beau pays (etc.)
En nous voyant revenir en bonne forme, nos amis meudonnais qui ont suivi pour nous les nouvelles alarmistes sur les violences électorales au Zimbabwe et racistes en Afrique du Sud expriment la surprise ultime : nous n’avons donc pas été mangés par les Zoulous?

























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